N'est-ce pas un vers tout moderne, presque décadent
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Enuironnoient l'autel, et se serroient entre-elles Comme font en fuyant les promptes colombelles, Quand vn nuage épais noircit le front des cieux, Et plorant embrassoient les images des Dieux. Si tost donc qu'elle vid, au milieu de ses larmes, Ce généreux vieillard couuert de jeunes armes. Quelle fureur (dit-elle) en ton cœur forcenant T excite, ô pauure Prince, à t'armer maintenant? Où t'emporte à clos yeux l'ardeur de ton courage? Helas, nous n'auons plus en ce mortel orage Besoin de tes secours, non pas quand mon Hector Au milieu des viuans respireroit encor.
Vien icy despouïller ton insensée enuie : Ou ce commun autel nous tiendra tous en vie. Ou nous courrons ensemble en vn mesme trespas. Ce dit, elle tira les lents et tristes pas Du vieillard auprès d'elle, et fist là prendre place Dedans le sacré siège à ses membres de glace.
Mais voila que Polite, vn des fils mieux aymez ^ D'entre tant que ce Prince au mionde auoit semez, Echapé de la main du fier Neoptoleme Fuit au trauers des dards et des ennemis mesme, Tout blessé, tout sanglant par les détours Des portiques voûtez, des salles et des cours. Pyrrhe ardant de fureur le poursuit et le presse : Luy tient la mort aux reins, l'en menace sans cesse : Et ja presque voisin, de la main il l'atteint. Et son trenchant acier en ses veines reteint : Tant que quand le chetif paruient deuant la face De ses tristes parens, il tombe sur la place Tout transpercé de coups, et par terre estendu Va respanaant sa vie en son sang espandu.
Icy le pauure père, encor mesme qu'il voye Qu'à la mort asseuree il va seruir de proye,
1 . Mieux aimé, pour le mieux aimé, comme plus beau pour le plus beau.
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Ne se peut contenir, ains hastant son malheur
Il lasche ainsi la bride à sa iuste douleur :
Homicide inhumain, si les mortels outrages
Touchent de quelque soin les célestes courages,
Vueillent vn iour les Dieux rendre à ta cruauté
Le loyer que dessert ta brutale fierté,
Pour ce barbare tour d'ame impie et meschante.
Dont tu n'as point d'horreur de voir ta main sanglante,
Qui sans aucun respect des autels ny des Dieux
As meurtry ^ mon enfant deuant mes propres yeux,
Et de la mort du fils si laschement cruelle
As souillé sans pitié la face paternelle.
Cet Achille fameux, que d'vn tiltre menteur
Ta naissance se vante auoir eu pour autheur,
Ne se monstra pas tel, mesme en sa violence.
Vers moy son aduersaire, ains eut en reuerence
La vieillesse et la foy d'vn Roy le suppliant :
Rendit finablement, son courroux oubliant,
Le corps de mon I-Iector aux droits de sépulture, .
Et me remit à Troye exempt de toute iniure.
Ainsi dit le vieillard, puis de sa foible main Lance vn dard qui sans force, ayant attaint en vain L'airain retentissant, et frustré de l'entrée, Se pend à la couronne à demy pénétrée. Qui se recueille en pointe au nombril du pauois : Surquoy Pyrrhe repart d'vne orgueilleuse voix :
Or va donc raconter aux ombres de mon père Les traits de cruauté que ton œil m'a veu faire, Et ne luy celé point que son fils malheureux Dégénère en vertu de ses faits valeureux : Meurs dés cette heure icy. Ce disant il le traine, Arraché hors des bras de la dolente Reine, Tout tremblant de trop d'âge, et sans cesse glissant Dans le sang de son fils le paué rougissant,
I . Meurtrir, mis ici pour tuer. Même racine que meurtre, meurtrier, etc.
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Hontre les autels mesme, 011 cruel il empestre Dedans ses cheueux blancs les doigts de la senestre, it tenant son poignard tiambant en l'autre main, usqu'à l'or de la garde il le luy cache au sein.
Telle fin eut Priam, telle ses destinées, it telle mort trencha le cours de ses années, Regardant Troye éprise ^ horriblement flamber, ît msqu'aux fondemens ses Pergames tomber : ^uy jadis si grand Prince, et de qui la puissance l^it l'Asie autrefois luy rendre obéissance : Vlaintenant vn grand tronc sur l'arène couché. Dont le corps est sans nom et le chef arraché.
Ce fut là qu'vne horreur tout autour épanduë Entra premièrement en mon ame éperdue : L'image paternelle y coule auec effroy, V'oyant si sanglamment meurtrir vn si grand Roy De qui l'âge tremblant égaloit ses années : Creuse ^, et ma maison au sac abandonnées augmente ceste crainte, et la peur des hazards Dont mon petit Iule est ceint de toutes parts, le regarde à Fentour et mon œil cherche à l'heure Quelle troupe restée encore me demeure : Tous m'ont abandonné, las de tant de combats, Et d'vn saut hazardeux se sont lancez à bas. Ou transpercez de coups et prests à rendre l'ame Se sont par desespoir jettez dedans la flame.
Ainsi donc resté seul, et ce soin me pressant, l'auançois mon retour, quand i'aduise en passant Dans le temple de Veste, Hélène retirée Se cacher près du sueil des autres séparée. Cent clairs embrassemens me fournissent de iour, Errant, et sans repos jettant l'œil tout autour.
Elle qui des Troyens ayant destruit l'empire Tremble que leur douleur ne s'en vange en son ire,
^ Captive. Nous n'employons plus ce mot qu'au figuré. * Creuse,
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Qui des Grecs appréhende vn rude chastiment, Et qui craint son époux laissé si méchamment, La commune furie, et l'Erinne fatale De Troye et des citez de sa terre natale, Se tenoit là cachée à l'abry des autels. Odieuse à l'esprit des Dieux et des mortels.
Soudain un ardant feu s'embrase en mon courage Dont la fureur m'exhorte à venger le naufrage De ma chère patrie, et punir sans pitié w
Les forfaits d vn esprit si plein de mauuaistié.
Quoy ? (disois-ie à part-moy) ceste ingrate et mescha Reuerra donc sa Sparte heureuse et triomphante : Reuerra son époux repris en ses filets : Son père, ses enfans, ses parens, ses palais, Pompeusement suiuie et de dames de Troye, Et de serfs Phrygiens ainsi que de sa proye? Cependant nos remparts se seront veus raser, Priam renuerser mort, Ilion embraser, Et le sang tant de fois baigner la large plaine Du sablonneux riuage oi!i Xanthe se promeine? Non, il n'en sera rien : car bien qu'en se souillant Dans le sang d'vne femme, on n'aille recueillant Nul renom mémorable, et que telle victoire N'apporte quant et soy ny louange ny gloire, Si seray-ie prisé d'auoir auec mes mains Arraché ce malheur du milieu des humains, Chastiant les forfaits d'vne si mauuaise ame : Et seray consolé, foulant Tardante flame Des saincts désirs vengeurs en mon cœur allumez,] Et les cendres des miens tristement consumez.
Tels discours en fureur m'agitoient la pensée. Et desja m'emportoit ceste ardeur insensée : Quand plus claire et luisante en vn nuage d'or Que mes foibles regards l'eussent point veuë encor, L aime Venus ma mère escartant l'ombre obscure. Me présente emmy l'air sa céleste figure. Et s'aduoûant Déesse, apparoist à mes yeux Telle en gloire et grandeur qu'elle se monstre aux Dieux,
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M'arreste par la dextre, et dedans mon oreille Fait couler ce propos de sa bouche vermeille.
Mon fils, quelle douleur allume en tes esprits Ce violent courroux dont ils sont tous espris? A quoy tant de fureur? la pieté cognuë Du iuste soin des tiens qu'est-elle deuenuë? Veux-tu point voir plustost où tes pas ont laissé Ton père et tout débile et des ans oppressé? Voir si parmy ces maux ta fidelle compagne Te reste encor en vie, auec ton cher Ascaigne? Autour de qui sans cesse errent de toutes parts Et les troupes des Grecs, et les fureurs de Mars : Et que (sans mon soucy s'opposant à la rage De la flamme et du fer qui tout brusle et saccage). L'ardeur de tant de feux à l'entour allumez, Et Fespee ennemie auroit ja consumez?
Ce n'est point (comme il semble à la pensée humaine) L'odieuse beauté d'vne Dame Spartaine, Ny le rapt de Paris tant condamné de tous. Mais la rigueur des Dieux donnants trop au courroux, Qui destruit cet empire, et qui fait que l'on voye Trebuscher la puissance et la gloire de Troye,
Regarde : (car ma main va rendre dissipé D'alentour de ton œil par l'ombre enueloppé, L'inuisible brouillas de qui Fhumide nue Epointe les rayons de ta mortelle veuë : Toy, ne fuy nul conseil que le céleste soing De ta mère déesse apporte à ton besoing) Icy près, où tu vois ces masses trebuschees, Et ces roches ainsi des roches arrachées Vomir des flots de pouidre, et bruyant les mesler Aux grands flots de fumée ondoyans dedans l'air : Neptune secouant les terrestres entrailles, Et de son grand trident esbranlant les murailles, Dont encor le loyer rend son coeur irrité. Va iusqu'aux fondements destruisant la cité. Icy lunon s'assied sur les portes de Scaee Toute ceinte d'acier, et de haine insensée :
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Encourage les Grecs, et leur prestant la main,
Les appelle du haure à ce sac inhumain.
Là, Pallas secouant son horrible Gorgonne
Dans le sein d'vne nue où claire elle rayonne,
Se plante en leur faueur sur la pointe du fort :
Et lupiter luy-mesme en seconde l'effort.
Leur accroist le courage, et durant ces allarmes
Rend tous les autres Dieux bandez contre vos armes,
Mon fils, retire toy, mets fin à tes combats :
le me tiendray par tout voisine de tes pas,
Et sans aucun péril ma conduite fidelle
Te fera regaigner la maison paternelle.
Acheuant ces propos sa lumière me fuit,
Et se cache en l'épais des ombres de la nuit.
Adonc la veuë affreuse et les formes horribles Des Dieux nos ennemis me deuindrent visibles, Adonc tout Ilion se laissant consumer.
Me sembla pour iamais dans son feu s'abysmer. Et dés les fondements destruitte et subuertie * Trébucher la cité par Neptune bastie.
Comme quand aux sommets des hauts monts éuentez7 La majn des laboureurs assaut de tous costez Vn vieil fresne^ sauuage à grands coups de coignee ^ Que redouble à l'enuy la troupe embesoignee : Il menace long temps de son chef ombrageux Chancelant sous les coups du tranchant outrageux. Qui fait trembler d'horreur ses vertes cheueleures : lusqu'à tant qu'à la fin, vaincu de ses blesseures, Il chancelle et gémit pour la dernière fois, Et fracasse en tombant infinis petits bois.
le descens, et conduit du soin de la Déesse, Sans malheur le trauerse et les feux et la presse