I . Voir Bibliographie
Introduction biographiq^ue. xxxix
Beaucoup de noms célèbres ont leur place dans sa vie.
Le recueil de ses œuvres contient des poésies dédiées à des hommes politiques, grands seigneurs, hauts fonctionnaires, dames de la cour. Sans parler du Roi, de la Reine, de Catherine de Bourbon^ et du cardinal, nous voyons parmi les protecteurs de Bertaut des personnages tels que le duc de Montpensier ^; Maximilien de Béthune Rosny, fait marquis de Rosny en 1602 et duc de Sully en 1606, et que Bertaut a du connaître sous ses trois noms^ puisqu'il les lui donne tour à tour ; puis viennent les noms de MM. de Noailles, de Mouchy, de Clermont d'Entragues, tous morts répée à la main; MM. de Givry, beaufrère du comte de Cheverny, de Loménie, secrétaire du cabinet du Roi, auquel est dédié le premier recueil des poésies de Bertaut ; le conseiller Christophe de Thou^ père de l'historien ; des financiers : M. Gentian, trésorier de la maison de la reine Louise, un ancien ami dont Bertaut avait fait la connaissance à Poitiers, MM. Puget^ Gobelin, Phelipeaux, « thrésoriers de l'Espargne », qui ne devaient pas fermer leur caisse au poète, quand il leur disait en un sonnet :
Non à d'autres qu'à vous ie ne veux point deuoir Le bien que par vos mains i'espere receuoirj
1. Sœur de Henri IV; elle épousa en 1599 le duc de Bar, Henri de Lorraine, bien qu'elle aimât son cousin germain le comte de Soissons. On dit qu'elle mourut de chagrin.
2. Dans l'hymne de saint Louis, Bertaut témoigne avoir reçu du duc divers bienfaits.
XL Introduction biographiq^ue.
Deus la fortune en estre enuers moi plus cruelle. Le ciel m'y soit propice, et face seulement Que i'aye en ceste attente vn plus iuste argument De me louer de vous que de me plaindre d'elle!
Enfin de puissantes protectrices, comme les duchesses de Montpensier^ de Montbazon , madame d'Antragues^ se plaisaient à recevoir l'hommage poétique de l'aumônier royal.
A côté de ces grands qui soutenaient Bertaut à la cour, il comptait, parmi les lettrés^ les poètes^ nombre d'amis sûrs et d'admirateurs sinon sincères, du moins fidèles.
Ronsard , son premier maître, mort en 1^8^, n'avait pu qu'encourager ses débuts. Mais, outre Du Perron, qui l'avait protégé, Bertaut était lié d'étroite amitié avec Philippe Desportes, et ils ont dû grouper autour d'eux les poètes de cette époque ^
Desportes possédait près de Paris, à Vanves, une maison de campagne, où il recevait ses anciens amis et les poètes nouveaux; le poète Rapin a pris soin, dans une curieuse élégie latine, de nous conserver les noms des familiers de la maison. C'étaient : Du Perron, Bertaut, Baïf le fils, Gilles Durant, Passerat, Gillot, Richelet, Petau, de Thou, du Puy, les frères Sainte-Marthe, Pasquier, Hotman, Cer-
I . Bertaut fut l'exécuteur testamentaire de Desportes, ce qui prouve l'intimité où vivaient ces deux hommes, et Boileau lui-même a rendu classique l'association de leurs noms quand il a dit, parlant de Ronsard :
Ce poète orgueilleux trebusché de si haut Rendit plus retenus Desportes et Bertaut.
Cf. V Élégie sur les œuvres de M. Desportes.
Introduction biographiq^ue. xli
ton, le Mareschal et enfin Thibaut Desportes, frère de Tabbé de Tiron et grand audiencier de France. Malherbe n'y paraît pas encore \
Partout, du reste, dans les œuvres des poètes du temps on trouve la trace de l'autorité dont Bertaut jouissait et des affections qu'il s'était gagnées. Les noms de plusieurs de ces amis figurent en tête de ses œuvres poétiques. On y lit des pièces de vers français, latins et grecs, célébrant le génie de Bertaut et dont les auteurs ne sont point des inconnus.
C'est Léonor d'Estampes de Vallençay, qui fut, comme le cardinal de Bourbon, abbé de Bourgueil^ Bonnineau, lieutenant général au bailliage de Mantes, lui dédie une pièce latine, à laquelle Bertaut répondit par î'épigramme suivante:
Bonnineau, les beaux vers que tu viens de chanter En faueur de mon nom qu'il te piaist d'exalter Ornant vn apprenti des louanges d'vn maistre, A quiconque les void ne laissent point douter Que tu ne sois d'effect ce qu'ils me feignent estre.
Puis, des personnages plus connus, tels que : Nicolas Renouard, qui devint historio-
1. Œuvres de Régnier. Ed. E. Courbet. Paris, Lemerre, 1875, in-8°. Préface, pp. xxxii et xxxiii.
Bertaut a loué les Amours de Desportes dans une de ses élégies. (Goujet, XIV, 77.)
2. Leonorius d'Estampes de Valençay litteris exhibitis pontificiis possessionis aditionem requirebat 27 julii 1605. Dictus est, anno 1620, Carnotensis episcopus, dein ad archiepiscopatum Remensem promovendus. Multis ille dives monasteriis, flagellum nuncupatur Burguliensis monasterii. Acerrimas enim adversus monachos lites movit. Gallia christiana, XIV, 666, B. — Cf. 666, C, et VIII, col. 1191.
xLii Introduction biographiqjje.
graphe de Louis XIII et se fit connaître comme poète par ses traductions d'Ovide; Frédéric Morel, un érudit maniant avec la même souplesse les vers latins et les vers grecs ^ ; Pierre de Nancel, ce poète tragique d'une désespérante fécondité, qui avouait dans son É pitre au lecteur favorable que la plus longue de ses tragédies ne lui avait pas coûté dix-3ept jours, ni un grand effort d'esprit % Jean de Lingen-
1. Il était Parisien (i $23-1583 ?) et fils du Champenois Féderic Morel, interprète du Roy pour les langues grecques et latines et imprimeur du Roy à Paris. Le père est l'auteur de plusieurs traductions. (Voir Duverdier, I, 570, et Lacroix du Maine, I, 195 et 196.) Le fils, l'ami de Bertaut, avait traduit en ïambes latins un poème grec du vii*^ siècle, de Georges Pésidas, diacre de la grande Eglise de Constantinople. Ce poème grec, dont le sujet était la Création du monde, aurait été, suivant Goujet (XIII, 320), « plus qu'imité » par du Bartas.
2. Son père était Nicolas de Nancel, un disciple de Ramus. (Voir Mémoires du P. Niceron,t. XXXIX, p. 288. — Cf. Duverdier et Lacroix du Maine, II, 172, 173.) Nicolas fut médecin, poète, « homme docte es langues grecque et latine », mathématicien, philosophe. On a de lui un discours de la peste. (Paris, Denis du Val, !$8i, in-80), nombre de traductions du grec et du latin et des écrits divers en latin. Pierre, son fils, publia quelques-uns de ses ouvrages, entre autres : Analogia microcosmum ad macrocosmum. Paris, Cl. Morel, 161 1, in-fol. Les trois tragédies de Pierre de Nancel : Dina ou le Ravissement, Josué ou le Sac de Jéricho, Debora ou la Délivrance, furent jouées sur l'amphithéâtre de Doué en Anjou, puis réunies sous le titre de Théâtre sacré, à Paris. Claude Morel, 1607, in-80.
L'abbé Goujet les déclare fort mauvaises. (Goujet, op. cit.^ t. XV, p. 42, 43. Cf. Parfait, Histoire du théâtre français, t. IV, p. 88 et ss.)
Pierre de Nancel a loué en vers français les stances de Jean de Lingendes, qui était lui-même un ami de Bertaut. (Goujet, op. cit.., XIV, 289.)
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des, un poète doux et facile, qui briguait rhonneur d'avoir le premier fait des stances ^ ; Claude Garnier, un gentilhomme parisien qui, grand admirateur de Ronsard, fit des vers dès l'âge de seize ans, et en composa tant qu'il vécut-, les dédiant de préférence à de grandes dames, telles que la princesse de Conti, la duchesse de Longueville, la duchesse de Guise; Nicolas Bourbon, dit le Jeune, poète latin, comme son oncle et homonyme le précepteur de Jeanne d' Albret, et qui dédie à Bertaut des distiques grecs ^ ; Davity, poète et his-
1. Goujet (t. XIV, p. 286 etss.)Iui refuse avec raison cet honneur. Lingendes était natif de Moulins et parent d'un autre Jean de Lingendes nommé évêque de Màcon en i^ >o. Ses poésies ont paru dans divers recueils du temps, dans les Délices de la poésie française. (Voir Bibiiogr.^ et le recueil dit de Barbin, 1692, pet. in- 12.) Il était l'auteur d'une chanson qui plut si fort au cardinal de Retz qu'il la fit répéter plusieurs fois à Lambert qui la chantait devant lui :
Si c'est un crime de l'aymer.
On n'en doit justement blâmer Que les beautez qui sont en elle.
La faute en est aux Dieux, Qui la firent si belle, Et non pas à mes yeux...
2. Goujet, t. XIV, p. 23$. — Il est l'auteur de V Amour victorieux (Paris, Gilles Corrozet, 1609, in- 12), long poème en quatre chants et en vers de six syllabes, suivi de deux cents sonnets. Il a composé en outre une Pindarique contre les médisants des œuvres de Ronsard (édition P. Blanchemain, t. VIII, p. 2^^)., a commenté les Discours du même dans l'édition de 1623 et a travaillé à plusieurs des éditions du poète vendomois. (Voir Ed. P. Blanchemain, t. VII, p. 5 et SS- Cf. ibid., VIII, p. 72, 74, 87.) Il vivait encore en
3. 1 574-1644. Politique et Oratorien, il a composé des imprécations contre l'assassin de Henri IV. Ses poésies ont
XLiv Introduction biographique.
torien^; enfin, Guillaume Colletet^j qui, bien plus jeune que Bertaut, devait, en 1634, ^^^^ reçu, lui vingtième, au nombre des membres de l'Académie française légalement constituée par Richelieu ^
Puis, à la suite de ces hommes, qui ont souhaité la bienvenue à l'œuvre de Bertaut, combien d'autres ne faut-il pas citer qui l'ont loué dans leurs poésies mêmes ! Bien que l'usage de se dédier, de poète à poète, des pièces de vers ne soit pas aussi répandu vers la fin du seizième siècle qu'auparavant, les contemporains de Bertaut lui en adressent volontiers.
Mathurin Régnier, en lui dédiant sa cinquième satire, loue sa haute sagesse :
Les critiques du tems m'appellent débauché, Que ie suis iour et nuict aux plaisirs attaché, Que i'y perds mon esprit, mon âme et ma ieunesse, Les autres au rebours accusent ta sagesse Et ce hautain désir qui te faict mépriser Plaisirs, trésors, grandeurs pour t'immortaliser, Et disent : 0 chétifs qui mourant sur vn liure Pensez, seconds Phœnis, en vos cendres reuiure,
été recueillies en 1630 sous le titre de Poematia. Voir Niceron, Mémoires , t. XXVI.
1. 1573-163 5. Né à Tournon, il ne tarda pas à venir s'établir en Dauphiné, puis à Paris, où il occupa, auprès de Louis XIII, la charge de gentilhomme de la chambre du Roi. On a de lui des poésies publiées sous le titre de Travaux sans travail, etc. (Paris, Gilles Robinot , 1602, in-12, et Rouen, 1609, in-12), et un ouvrage historique : États et Empires du monde. Voir Guy Allard, Bibl. du Dauphiné, et Goujet, XV, 369, etc.