‹ Œuvres poétiquesChapitre 165 sur 226 · I . Marphise, Bradamante, héroïnes des romans de chevalerie · texte numérisé non relu

I . Marphise, Bradamante, héroïnes des romans de chevalerie

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Non, ie puisse mourir si quelque amant fidclle Vous osoit là dessus dresser vne querelle, Ny l'heur ny la valeur qui vous rend redouté Ne vous garderoit point d'en estre surmonté. Car si ie suis vray'ment la royne de vostre ame, Nul droit ne vous permet de quitter vostre dame Pour seruir vostre maistre : et sans nulle raison Vous prouuez vostre foy par vne trahison : Veu que si rien ^ oblige vne ame généreuse, C'est la loy, c'est la loy, c'est la chaine amoureuse Et si rien doit forcer la raison et le droit, C'est Amour qui le peut, c'est Amour qui le doit.

Cela cognoissoient bien ces généreux courages Ces vaillants Palladins, Hercules de leurs âges, Qui plustost que quitter les roines de leurs cœurs, Laissoient leurs Rois en proye aux ennemis vainqueurs. Les flammes de la guerre auoient beau mettre en cendre Les Heux qu'ils se iugeoient obligez de défendre, Sçachant bien qu'vn amant doit estre dispensé De tout ce qui rendroit son amour offensé 2. Mais de vous, ie voy bien que l'amour qui vous presse Ne pourra iamais tant estre vostre maistresse, Qu'il soit besoin qu'en fin vn autre homme voilant Vous rapporte le sens comme il fit à Rollant. Vos eftects, vos desseins nous ont assez fait croire Que par vn beau désir de viure dans l'histoire. Non l'Amour simplement qui hait l'ambition, Mais l'amour de la gloire est vostre passion. C'est pourquoy vos souspirs n'ont pouuoir de contraindre Mes yeux à vous pleurer, ny ma bouche à vous"]>laindre : Aussi ne faut-il pas qu'vne feinte amitié Nous atteigne le cœur d'vn vray coup de pitié. le vous plaindrois beaucoup, et me plaindrois moy-mesme Vous pour vostre douleur, moy par ma perte extresme.

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