‹ Œuvres poétiquesChapitre 164 sur 226 · RESPONSE · texte numérisé non relu

RESPONSE

POUR VNE DAME AUX VERS dVn CAUALIER

QUI l'appelloit la reine.

1e ne sçaurois tenir pour autre que pour fainte La douleur qui paroist gémir en vostre plainte, Puis qu'vn peu de deuoir fait que vous esloignez Le remède du mal de qui vous vous plaignez. L'Amant que le deuoir esloigne de sa dame Monstre que la raison règne encor en son ame : Et l'on ne veit iamais vne mesme maison Loger beaucoup d'amour et beaucoup de raison.

Aussi, si vostre cœur qui feintement souspire Estoit vray'ment suiet à l'amoureux empire, Il n'escouteroit point les loix d'vn autre Roy; Car la loi de l'Amour force toute autre loy. Vous en pratiqueriez les innocentes ruses. Et ne trouueriez pas de moins iustes excuses Contre vostre deuoir, qui vous fait absenter. Que contre vostre amour qui vous veut arrester. Mais il paroist assez que l'amoureuse playe Dont vostre cœur se plaint n'a iamais esté vraye : Et ce qui fait iuger que, libre, il ne sent rien Du mal dont il se plamt, c'est qu'il se plaint trop bien.

Ah ! que ne suis-ie née aussi brave et vaillante Que le furent iadis Marphise et Bradamante \ Pour monstrer par l'espee à vostre ame sans foy Que vous auez commis felonnie enuers moy !

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