SUR VN BAISER REFUSÉ PUIS DONNÉ
Baiser dont la douceur vit en ma souuenance. Qui, m'estant refusé quand ie te demandois. Puis donné tout d'vn coup quand moins ie t'attendois. Trompas mon desespoir après mon espérance :
Baiser qui te cachant dessous la résistance Que faisoit à mes vœux l'effort de dix beaux doigts, Refusois en riant le loyer que tu dois Au mérite amoureux de ma longue constance :
Testime, ô doux baiser,, que tu n'as point apris D'autre que de Venus à rroyer les esprits Dans la mer des douceurs o\x tu plonges les âmes :
Au moins, rendant la vie à mon esprit transi, Me remplis-tu le cœur de tant de douces fiâmes, Que si l'on baise au Ciel, ie croy qu'on baise ainsi.
SONET
Las ! ces pleurs insensez que nul espoir n'essuyé Ne me puniroyent point d'aimer trop son bel œil Si i'eusse sceu preuoir qu'vn si luisant soleil Deust engendrer en moy tant d'orage et de pluye.
Il faut que de l'Amour au Dédain ie m'enfuye, Et que de ma douleur l'oubly soit l'appareil. Va-t'en dedans le feu, chef-d'œuure nompareil. Portrait qu'au fond de l'or si chèrement i'estuye.
Muses retirez-vous, ie vous dédaigne aussi, Bien que vostre douceur ayt chassé maint soucy Que m'enuoyoit Amour cet aueugle pirate.
Mais quoy, si ie me monstre ingrat en ce mépris, Cest la faute d'autruy : mes pensers ont appris A deuenir ingrats en seruant vne ingrate.
SONET
Bien qu'vn fidelle amant soit tenu d'estimer Tout ce qu'il recognoist estimé de sa dame, Et qu'il doiue par là commander à son ame. Elle aimant ses parentz, de les vouloir aimer :
Si ne vous puis-ie ouïr ce neueu surnommer, Qu'vn trait de déplaisir tout le cœur ne m'entame : Et quand vous luy riez, mon sang presque s'enflame D'vn si bruslant dépit qu'on ne peut l'exprimer.
492 ŒVVRES POÉTIQVES
le sçay bien que la loy commandant que Ton aime Le prochain, l'estranger, voire l'ennemy mesme, Vous deuez bien chérir vn parent si parfait :
Mais cela ne rend point la paix à mon courage. Si vostre esprit l'aimoit vn peu moins qu'il ne fait, Le mien, sans en mentir, Taimeroit dauantage.
POVR DES MASQVES
ASSEZ HIDEVX ET SAVVAGES.
Ces visages si peu semblables A ceux dont les traits agréables Prennent conseil de vos miroirs, Trompent vos esprits, belles Dames; Nous ne sommes pas en nos âmes Si diables que nous sommes noirs.
A voir nos farouches visages Vous nous prendriez pour des Sauuages Au profond des bois esleuez :
Mais s'il vous plaisoit d'auanture Faire essay de nostre nature.
Vous nous trouueriez bien priuez.
Car le désir qui nous commande De voir ceste gentille bande Faire de la nuit vn beau iour, Nous tirant de nostre demeure, A rendu nos cœurs en peu d'heure Pleins de courtoisie et d'amour.
Que vous et nous sommes contraires !
Nous, sous des visages seueres Cachons vn esprit amoureux :
Et vous, sous la grâce alléchante D'vn œil qui tout le monde enchante, Vous en celez vn rigoureux.
DE M. Bertavt. 49Î
Le destin deuroit, ce me semble, Dejoindre et des-vnir d'ensemble Vos beautez et vostre rigueur : Et faisant vn autre partage, Ou nous donner vostre visage, ( ^
Ou bien vous donner nostre cœlir.
Mais au lieu d'espérer ce change Qui seroit doucement estrange, Le Ciel fera par sa rigueur, Que sur nous tombant le dommage, Nous^ n'aurons point vostre visage.
Et si vous aurez nostre cœur.
CARTELS POUR DIUERS CHEUALIERS
DEFFIEZ PAR LES CHEUALIERS DE THRACE.
Les vmbres de Renaud et de Roger.
AV ROY