POUR LE BALLET DES PRINCESSES DES ISLES
Le généreux amour de la mesme franchise, Qu'vne fiere Amazone auoit jadis acquise, Replantoit entre nous la puissance des loix Qui nous affranchissant de l'empire des hommes. Ne laissoient commander aux Isles d'où nous sommes, Nul de ceux que la terre adore entre ses Roys.
Mais l'extrême beauté de nos douces Prouinces, Qui tente le désir des plus barbares Princes, Nous fait de tant d'endroits tous les iours assaillir, Que lasses des trauaux qui nous ont exercées,
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Nous perdons tout l'espoir qui flatoit nos pensées, De voir nostre franchise auec nous enuieillir.
C'est pourquoy , puis qu'il faut qu'elle nous soit rauie, Nous desirons qu'au moins on la voye asseruie Par vn qui dignement la scache posséder : Et que tant de vertus nous rendent vénérable, Que le jou de ses loix soit un jou désirable, Et luy seruir plus doux qu'aux autres commander.
0 Roy que cent vertus égallent aux célestes. Vous seul, pour le renom qui s'épand de vos gestes, Nous semblez mériter l'heur d'vn sceptre si doux : Aussi pour vous l'offrir venons nous voir la France, Donnant à vostre heureuse et prudente vaillance. Ce que nous refusons à tout autre qu'à vous.
Que si vo.stre grandeur autre part occupée Refuse d'obliger nos darts à son espee, Et de joindre' ce bien à ses autres exploits : Nous suiurons le dessein résolu dans nos âmes. D'enterrer auec nous la liberté des Dames ; Et mourrons en franchise, ou viurons sous vos loix.
Receuez nostre offrande, ô Prince magnanime, Et ne dédaignez point l'empire légitime Que vous permet sur nous la volonté des Cieux : Mais gardez que l'amour, par ses ruses secrettes, Vous rendant à la fin subjet de vos sugettes, Ne face vostre cœur se plaindre de vos yeux.
Car tousiours les carquois et les flèches meurtrières Ne nous retiennent pas en habit de guerrières ; Amour daigne souuent les siennes nous prester. Et lors que nous aydant seulement de nos charmes, Nous auons dépouillé toute autre sorte d'armes, C'est alors proprement qu'il nous faut redouter.
Mais la poison en porte vn remède auec elle : C'est que nulle de nous n'estant autre que belle, L'vne à l'autre ostera l'heur de vous rendre sien : Et ne pouuant choisir en choses si pareilles,
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Vostre amc conuice, entre tant de merueilles, A s'éprendre de tout, ne s'éprendra de rien.
Vne seule Princesse y^ reluit sans égale : Et c^est ceste Beauté dont la grandeur Royale Nous sert en la vertu d'vn céleste guidon : Mais quand bien son amour vous rendroit tout de flame, Grancl Prince, vn feu si saint ne seroit k vostre ame Qu'vn sujet de louange, et non pas de pardon.