‹ Œuvres poétiquesChapitre 212 sur 226 · I. Les Muses ralliées, fol. 103 v^. Cf. Bibliogr · texte numérisé non relu

I. Les Muses ralliées, fol. 103 v^. Cf. Bibliogr

^12 Appendice.

Et lors clic luy va ses mamelles monstrant, Qui dedans le berceau son enfance allaictèrent, Dont le doux souucnir va son cœur pénétrant, Et les flancs bien-heureux qui neuf mois le portèrent.

Elle luy ramentoit la douleur et Tennuy,

Les sanglants desplaisirs et les gesnes terribles

Que durant ceste vie elle endura pour luy

Quand il souffrit pour nous tant de peines horribles.

Comme en le voyant lors si rudement traitté, Son cœur fut entamé d'une poignante espine, Et puis comme à sa mort pleine de cruauté Le glaiue de douleur lui naura la poitrine.

Helas ! de quels regrets et de quel desconfort La Vierge et son esprit se sentit trauersée, Quand elle veid livrer son cher fils à la mort, Et de combien de doux son ame fut percée !

Elle le void meurtrir en tant et tant d'endroits, Souffrir mille tourments et mille violences, Et puis comme vn trophée, attacher sur la croix Toute nostre iniustice et toutes nos offences.

Elle serroit la croix de ses bras précieux, Regardant par pitié ses blessures cruelles, Et respandoit autant de larmes de ses yeux, Comme il versoit de sang de sesplayes mortelles.

L'air, la mer et la terre en sentoient les effects. Et de leurs accidents accompagnoient sa plainte : Les fondements du Ciel ployèrent sous leurs fais. Et la terre trembla de frayeur et de crainte.

Le Soleil contristé print vn voile de dueil. Les astres de la nuict en plein iour resplendirent : Les ossements des morts quittèrent leur cercueil. Et des durs monuments les pierres se fendirent.

Ames qui surpassez les rochers en durté, Ames que les plaisirs si vainement affollent. Vous ne gémissez point de le voir tourmenté, Et tous les Eléments à sa mort se désolent.

Appendice. 513

Les plus fermes esprits l'effroy les emporta Voyant mourir celuy qui la mort espouuante, Et des plus asseurez l'asseurance doubta. Seule entre tous les saints la Vierge fut constante.

Pour toute la douleur qui son ame attaignit, Pour tous les desplaisirs et les regrets funèbres, Jamais dedans son cœur la foy ne s'estaignit Mais demoura luisante au milieu des ténèbres.

C'est celle dont la foy dure éternellement, C'est celle dont la foy n'eut iamais de pareille, C'est celle dont la foy pour notre sauuement Creut à la voix de l'Ange et conceut par l'oreille.

C'est l'astre lumineux qui iamais ne s'estaint, Oh comme en vn miroir tout le ciel se contemple; Le luisant tabernacle et le lieu pur et sainct Oij Dieu mesme a voulu se consacrer vn temple.

C'est le palais royal tout remply de clarté, Plus pur et transparent que le ciel qui l'enserre, C'est le beau Paradis vers l'Orient planté. Les délices du ciel et l'espoir de la terre.

C'est cette myrrhe et fleur et ce bausme odorant Qui rend de sa senteur nos âmes consolées ; C'est ce lardin reclus souefuement flairant : C'est la Rose des champs et le Lys des vallées;

C'est le rameau qui garde en tout temps sa couleur. La branche de lessé, la tige pure et saincte, Qui rapporte son fruict et ne perd point sa fleur, Qui demeure pucelle et qui se void enceincte.

C'est l'Aube du matin qui produit le Soleil Tout couuert de rayons et de flammes ardentes, L'Astre des nauigans, le Fare non-pareil Qui la nuict leur esclaire au milieu des tourmentes ,

Estoille de la mer, nostre seul reconfort, Sauue-nous des rochers, du vent et du naufrage. Ayde-nous de tes vœux pour nous conduire au port. Et nous monstre ton Fils sur le bord du riuage.

Appendice.

Page 1