‹ Œuvres poétiquesChapitre 25 sur 226 · MONSIEVR · texte numérisé non relu

MONSIEVR

E Phénix renaissant voit nostre siècle si différent de ceux qui le receurent autresfois auec admiration, qu'il a, ce semble, quelque sujet de se plaindre de sortir des ténèbres où l'ingratitude essayoit de le faire mourir, encore qu'il doiue éternellement viure.

I . « Monsieur de Loménie, seigneur de la Ville-au-Clerc, « conseiller du Roy en ses conseils, secrétaire d'Estat, et de « ses commandemens, et grand maistre des cérémonies de « l'ordre du Sainct Esprit. »

C'est, sans doute, Antoine, fils de Martial de Loménie. Né en 1560, mort à Paris le 17 janvier 1638. Fidèle à la cause de Henry IV, il tomba en 1^91 aux mains des ligueurs et fut mis en captivité à Pontoise. Après la conclusion de la paix, il fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire en Angleterre (M92). Nommé secrétaire d'Etat en 1606, il obtint pour son fils la survivance de cette charge (161$). — Cf. Moreri.

Aussi ne sçachant soubs quelle protection reprendre cette première gloire qu'il auoit si iustement méritée, il se veut renfermer dedans l'obscurité, où il a esté si longtemps retenu, et ne peut soufFrir que nous le forcions a r'entrer dedans ce grand Océan, dans lequel ses ennemis tacheront infailliblement de luy faire faire naufrage. Mais estant le premier de tous ceux qui ne peuuent endurer qu'il soit caché dauantage, et d'ailleurs voulant vous tesmoigner par sa résurrection le ressentiment que i'ay de vostre incomparable bonté, ie l'ay supplié, et pour le rendre plus cher à la France qu'il n'a iamais esté, et pour recognoistre en quelque sorte les obligations que i'ay a vostre doux accueil, de vous faire voir dans ses belles paroles celles que vostre bienueillance m'obligeroit de vous dire si i'en estois capable. Il me croit a cest heure. Monsieur, et l'ayant asseuré que vous le verriez auecques contentement, ie ne vous sçaurois représenter la consolation qu'il a receùe, d'espérer que vous prendriez sa deffence contre la Tyrannie de ceux qui ne trouuent rien d'excellent ny d'admirable que leurs Œuures. le vous supplie tres-humblement de l'accueillir, auecques cette mesme faueur dont deux des plus grands Monarques de ceste florissante couronne l'ont trouué digne d'obtenir la meilleure part de leurs bonnes grâces, et de iuger s'il vous plaist que ie vous admire auecques des mouuemens bien extraordinaires, puisque ie n'ay pu attendre, pour vous en exprimer les sentimens, que mon esprit eust produit quelque chose. Ces consi-

derations n'estant pas si foibles qu'elles ne puissent disposer vn esprit admirable et grand comme le vostre à me croire, pensez ce qu'elles pourront sur le reste des hommes si vous les fortifiez de cette précieuse debonnairetéj.auec laquelle vous m'auez fait, et me faites encore prendre la hardiesse de me dire.

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