Meurtrière. Cf. p. $ , note i
2, Construction pléonastique : J'en sers... de...
DE M. Bertavt. 19
Perseuere, Seigneur, ne baille point ma vie En pillage au Tyran qui l'a tant poursuivie : Mais, comme il nous a faict, le faisant souspirer, Au sang de ses sujets trempe son diadème, A fin que Justement il éprouve en soy-mesme • Les maux qu'iniustement il m'a fait endurer.
Car sa main ne se plaist qu'aux méchans artifices : La seule impieté luy fournit de délices : Et son cœur, dont la rage est souuent sans effect, Paist de si fiers desseins le désir qui l'affame, Qu'au iour où le cruel n'a point souillé son ame De quelque méchant acte, il croit n'auoir rien faict.
Rens luy ce qu'il mérite, et nous sois fauorable, Donnant quelque remède à l'vlcere incurable Qui rongeant ce Royaume a destruit sd, beauté, Encor que nous viuions si dignes de misère, Que nous faire du bien ce soit presque malfaire, Et prophaner en vain les fruits de ta bonté.
Voy quel malheur poursuit ces terres desastrees, Et quel heur cependant rit dedans les contrées Qu'vne constante paix habite autour de nous, Sans qu'encor la fureur des violens orages Qui dans ce pauure Estât causent tant de naufrages Ait peu troubler vn air si tranquile et si doux.
Là le peuple fleurit en repos et liesse. Comme ces arbrisseaux plantez en leur jeunesse Dedans l'humide sein d'vn fertile terroir : Là comme vn riche temple à colomnes dorées, Les dames en tout temps superbement parées S'enflent d'vn doux orgueil regardant le miroir.
I. Soy-mesme. Au xvi^ siècle, remploi de soi est plus libre qu'aujourd'hui. Dans bien des cas, on remploie là où nous dirions lui. — Cf. Darmesteter et Hatzfeld, op. cit., p. 264.
20 ŒVVRES POÉTIQ VES
L'abondance y demeure et ses douces compagnes : Mille et mille troupeaux en couurent les campagnes '. De joye et de repos leurs amcs tu repais : La trompette s'y taist, et la voix des allarmes : Et tant d'aise en banit les souspirs et les larmes Que leur moindre bon-heur c'est celuy de la paix.
Aussi toute la terre enuiant leur fortune, La nomme bien-heureuse, et de vœux t'importune Pour de pareils effects de céleste faueur : Mais quelque heur que le ciel verse dessus leurs testes Plus heureux est encor, mesme au fort des tempestes, Celuy de qui ton bras daigne estre le sauueur.
Toy donc iettant sur nous les yeux de ta clémence. Garde nous de naufrage, et sois nostre défense Contre des ennemis si puissans et si fiers : Rendant par ta bonté ces tempestes plus calmes, Où nous faisant du ciel receuoir quelques palmes, Si nous n'en deuons plus espérer d'oliuiers.