‹ Œuvres poétiquesChapitre 39 sur 226 · I . Var · texte numérisé non relu

I . Var

Mille bellans troupeaux y couvrent les montagnes. (Les délices de la poésie française, par F. de Rosset, Paris, Toussainct du Bray, 1618, in-8.)

DE M. BERTAVT. 2\

Nos cantiques de ioye où Dieu daignoit se plaire, Entre tant de douleurs condamnez à se taire Par le morte! ennuy régnant en nostre cœur, Et nos luts qui pendoient aux saules de la riue, Ploroient en se taisant sa liberté captiue. Et souspirante aux pieds d'vn superoe vainqueur.

Bien nous alloient pressant d'en rompre le silence Ceux qui de nos malheurs paissans leur insolence Nous auoient pour iamais aux liens condamnez : Et nos dolentes voix estoient presques contraintes De mesler des chansons aux souspirs de nos plaintes Par ceux qui triomphans nous menoient enchainez.

Chantez nous (disoient-ils) quelqu'vn de ces cantiques Qui faisoient retentir les resonnans portiques De vostre fameux temple en glorieux accens Lors que quelque victoire à Sion aduenuë Poussoit vos cris de ioye au dessus de la nuë. Et chargeoit vos autels d'offrandes et d'encens.

Helas (respondions-nous, parlant dedans nous mesmes) Pourrions-nous bien redire en ces douleurs extrêmes Les vers que nous chantions le front paré de fleurs? Superbes cruautez de nos maux non soulees, Ignorez-vous encor qu'aux âmes désolées Commander les chansons c'est conseiller les pleurs.

• Non, ia ne plaise au ciel, que la barbare audace Nous face prophaner par prière ou menace Les saincts vers qu'Israël chantoit en son bon-heur : Plustost soient par la mort nos douleurs assoupies, Que nous facions entendre à ces terres impies Les hymnes consacrez au seul nom du Seigneur.

Irions-nous bien si tost effaçant de nos âmes Les larmes de Sion destruite par les fiâmes, Et gémissante encor dessous vn ioug de fer, Pour flater de nos chants le superbe courage De ceux qui sans pitié nous tiennent en seruage, Les faisant de nos maux nous mesmes triompher .^^

22 ŒVVRES POÉTIQ^VES

0 Sion, ô sainct temple autrefois nostrc gloire, Maintenant la douleur dont ma triste mémoire Va, comme d'vn cousteau, mon ame outreperçant, Qu'vn éternel silence à ma langue se lie. S'il aduient que iamais vos ruines i'oublie. Quelque ennuy que mon cœur reçoiue en y pensant.

Que ceste main tremblante et ce cœur qui souspire Die adieu pour iamais aux charmes de ma lyre. Chassant tout reconfort au loin de mes malheurs, Si pour quelque accident que le ciel nous enuoye, Vostre affranchissement n'est mon vnique ioye, Ainsi que vos liens sont mes seules douleurs.

Mais toy qui nous punis, ô grand Dieu des armées, Frappe aussi quelque iour ces cruels Idumees ^ Qui de nos ennemis les fureurs attisoient. Quand il plouuoit sur nous tant de feux de ton ire. Que la pitié des maux destruisans nostre empire Arrachoient des pleurs mesme à ceux qui les causoient.

Saccagez (disoient-ils) ceste ville rebelle; Exterminez ses tours, confondans pesle-mesle Ses plus bas fondemens à ses plus hauts sommets : Rasez ceste maison de lames d'or couuerte, Luy faisant succéder vne plaine déserte Où le lieu de ses murs soit douteux pour iamais.

Ingrate nation, fiere et peruerse engeance. Le ciel se souuenant aux iours de sa vengeance, D'vn si cruel arrest contre nous prononcé. Face aux âges futurs cognoistre en ton supplice, Combien est déplaisant à l'œil de sa iustice L'esprit qui prend plaisir d'opprimer l'oppressé.

Et toy, fiere Babel, superbe vainqueresse-, Bien-heureux soit celuy dont la main vengeresse,

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