‹ Œuvres poétiquesChapitre 53 sur 226 · La sœur de Henri IV, Catherine de Bourbon · texte numérisé non relu

La sœur de Henri IV, Catherine de Bourbon

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C'est pourquoy maintenant qu'il retourne vainqueur, La ioye et le plaisir qui vos larmes essuyé D'autant plus doucement rit dedans vostre cœur, Que le beau temps est doux après la longue pluye.

Aussi deuez vous bien ressentir viuement Son destin quel qu'il soit, fauorable ou contraire, Quand mesme, ainsi que nous, vous Tiriez seulement Reuerant comme Roy, non aymant comme frère : Car c'est ce vaillant Prince au malheur si constant Que pour nostre salut les astres ont fait naistre, Et qu'on voit témoigner de n'aspirer pas tant A se rendre obey, qu'à mériter de l'estre.

Quelle sienne victoire (oii qu'on iejtte les yeux) N'est point de sa clémence vn rare témoignage? En quel esprit de Roy veirent oncques les cieux Loger tant de douceur auec tant de courage? II s'expose sans crainte aux orages de Mars Où le plus asseuré de peur deuiendroit blesme, Et diroit-on qu'il pense, au milieu des hazards, Porter vn corps d'emprunt, et non pas le sien mesme.

Pui3 sentant les lauriers sa teste couronner, Son esprit se desarme, et semble que la gloire De pouuoir magnanime aux vaincus pardonner. Ce soit Tvnique bien qu'il cherche en sa victoire : Aussi de la vengeance éloignant son désir Sans qu'aucuns accidents la clémence en estrangent, Son cœur en pardonnant sent le mesme plaisir Que les plus irritez sentent quand ils se vengent.

0 France, recognoy que luy seul des humains Est ton fatal Ancile en ce temps lamentable, Et qu'à fm de tromper les sacrilèges mains Nul Mamure ^ icy bas n'a rien f^it de semblable :

I . Ancile, Mamure, allusion à la légende de Veturius Mamurius, grand prêtre sous le règne de Numa Pompilius. C'est lui qui fit faire onze anciles ou boucliers sacrés en airain, semblables à celui qui était, dit-on, tombé du ciel aux

DE M. Bertavt. 4^

Remply pour luy le ciel d'oraisons et de vœux, Puis qu'auec le deuoir le besoin t'y conuie, Les dieux ayant conioint d'indissolubles nœuds Ta gloire à sa valeur, et ta paix à sa vie.

Quant à moy que la Muse a rangé sous les loix DVn art qui bien souuent rend la langue prophète, Ne pouuant aduenir qu'en ses vaillants exploits le sois son coutelas, ie seray sa trompette : Et sy craindray plustost, louant et bénissant Des vertus dont la gloire au ciel mesme est escrite, De paroistre enuieux en les amoindrissant, Que d'estre dit flateur en passant leur mérite.

CHANT NVPTIAL,

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