‹ Œuvres poétiquesChapitre 55 sur 226 · Ici, vieux sens de liberté, indépendance · texte numérisé non relu

Ici, vieux sens de liberté, indépendance

ŒVVRES POÉTIQJ/ES

L'arc que rcucrc es bois la plus ficre Napee '

Ne se pouuant courber sous l'amoureuse loy,

Que par la plus fameuse et plus vaillante espee H

Qui iamais se fist creindre en la main d'vn grand Roy. ■

Quels festons, quelles fleurs, quels doux chants de liesse Qiicis ardants feux de joye en mille lieux épris Seront dignes tesmoins de la iuste allégresse Que ce sainct Hymenee excite en nos esprits? Qui ressent le plus d'aise, ou vous Valeur extrême, Possédant la beauté d'vne si rare Fleur, Ou vous Fleur de beauté seule égale à vous-mesme. Conjointe au parangon de clémente valeur?

Certes ou ceste joye est pareille en vos âmes. Ou bien si sa douceur vous paist diuersement, Celuy de vous qui brusle en de plus viues fiâmes Est le plus transporté d'vn doux rauissement : Car plus l'amour d'vn bien trauailloit l'espérance. Plus en l'ayant acquis on ressent de plaisir : Et le contentement qui suit la jouissance Se mesure tousiours à l'ardeur du désir.

Vous que tout l'vniuers se promet pour Monarque, Grand Roy, goustez vn peu l'heur que vous possédez, louïssant d'vne Fleur dont le choix est pour marque Qu'amour incessamment n'a pas les yeux bandez. Nul qui viue icy bas ne peut voir sans merueille ^ Luire en vn corps humain tant de grâces des cieux. Et ceux que son renom attiroit par l'oreille. Son regard maintenant les rauit par les yeux.

La douce Majesté qui pare vn Diadème S'assiet en son visage, et démarche en ses pas : La Beauté devant elle est presque sans soy-mesme. Et les Grâces sans grâce, et Venus sans appasts,

1. Napées, nymphes qui présidaient aux bois, vallons, bocages, etc.

2. Nul qui vive ici-bas. Ce subjonctif est un latinisme. Ce temps exprime mieux le doute : Si, par hasard, il se trouvait quelqu'un qui pût

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Son estre estant tissu d'vne si rare trame,

Qu'on doiite qui des deux a des charmes plus torts ',

Ou l'extrême beauté des vertus de son ame,

Ou l'extrême vertu des beautez de son corps.

Aussi doit vostre cœur ressentir plus de joye D'estre pris en des laqs si chastes et si beaux, Que d'auoir terrassé l'orgueil de la Sauoye, Domptant ses grands rochers couronnez de chasteaux : Et faut qu'en ceste pompe où le ciel enuironne De myrte et de laurier vostre front tout-autour. Les triomphes sanglants de la fiere Bellonne Cèdent la gloire à ceux de lunon et d'Amour.

Bien paroist-il à l'heur qui vous rend tout possible Que Bellonne et l'Amour ont égal soin de vous : L'une vous fait dompter tout ce qu'elle a d'horrible, L'autre vous fait sentir tout ce qu'il a de doux. Mais vous n'auez iamais foudroyé par les armes Vn si rude ennemy qui vous ait affronté, Qu'Amour, sans vous contraindre à dépendre- des larmes, Vous fait icy jouir d'vne douce beauté.

Bruslez dedans le feu que ses grâces attizent D'vne ardeur volontaire et durable à iamais. Content qu'en vostre cœur les flammes s'eternizent, Et qu'Amour soit pour vous sans ailes désormais. Monstrez qu'en ce courage où la vertu n'assemble Que des désirs tous pleins de saincte ambition, La raison et l'amour ont fait la paix ensemble, Et que vostre deuoir est vostre passion. •

Comme qui conjoindroit deux flexmbeaux par les mèches. Leurs feux se confondans n'en feroient qu'vn de deux : Faites qu'ainsi vos cœurs atteints de mesmes flèches Vnissent à iamais leurs saincts et chastes feux.

1 . Qui des deux a des charmes plus forts. Quand le superlatif suit le substantif, le xvi^ siècle supprime souvent Tarticle.

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