‹ Œuvres poétiquesChapitre 56 sur 226 · Dépenser · texte numérisé non relu

Dépenser

Œvvrp:s poétiqves

Soyez, en bien aymant, l'exemple qui l'incite A faire que le sien croisse de iour en iour : Et ce que par deuoir vostre vertu mérite, Veuillez le mériter mesme encor par amour.

Et vous en qui le ciel ses richesses admire, Et que sa grâce appelle à ce sort bien-heureux De voir sous vostre sceptre vn si puissant Empire, Et d'auoir pour espoux vn Roy si généreux, Royne de qui la gloire emplit la terre et l'onde. Voyez de quel honneur vostre front est vestu, Certaine de passer les plus grandes du monde En extrême bon-heur aussi bien qu'en vertu.

Vous ne possédez point le cœur d'vn de ces Princes A qui l'heur d'estre grands tient lieu d'vnique bien. Qui pour toute louange ont de riches Prouinces, Et que tous Rois qu'ils sont, d'eux mesmes ne sont rien : Mais d'vn si vénérable aux âmes plus félonnes. Qu'estant, en ce sommet et de puissance et d'heur. Plus grand par ses vertus qu'il n'est par ses couronnes. Son double diadème est sa moindre grandeur.

Aymez et reuerez pour ses grâces extrêmes. Et pour tant de lauriers qui le font admirer. Ce que les plus cruels de ses ennemis mesmes Se sentent par contrainte aymer et reuerer. Bruslez encor pour luy quand la saison des rides Ne lairra plus vos lis et vos roses fleurir. Et soyez désormais comme deux pyralides ^ Qui dans vn mesme feu veulent viure et mourir.

Vous l'embrassez orné des victoires nouuelles Dont n'agueres nos cœurs se sont enorgueillis, Et l'Hymen qui vous ceint de chaines éternelles A le front tout couvert de lauriers frais cueillis : Mais ce sont des effects que son bon-heur enfante : Et c'est plus qu'à bon droict, qu'après tant de hazards ,

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