‹ Œuvres poétiquesChapitre 63 sur 226 · I. Sic, Éd. de 1620, p · texte numérisé non relu

I. Sic, Éd. de 1620, p

DE M. Bertavt. 6i

Aussi, Dieu t'élizant entre les plus grands Rois Comme l'appuy futur des vertus et des loix, T'a sacré de son huille et de ioye et de grâce; Afin que la constance et force de ton cœur Luitant contre nos maux pour t'en rendre vainqueur, Incessamment s'exerce, et iamais ne se lasse.

De là vient que le nom de tes faits généreux Te publiant si doux, si grand, si valeureux. Et aesia ta louange estant par tout semée, Telle odeur que l'on sent tes habits exhaler, Lors que d'vn doux parfum ils embasment tout l'air, Telle odeur par le monde épand ta renommée.

Regarde aussi quel' heur fleurit entre tes mains, Il fléchit sous tes loix cent millions d'humains : Le sein de tes Palais brille d'or et d'yuoire : Leur superbe artifice estonne l'estranger : Encor que ressentant l'honneur de te loger. Leur hoste, et non leur or, soit le plus de leur gloire.

Les filles des grands Ducs y font de tous costez Reluire en ton honneur l'esclat de leurs beautez, Et le feu dont leur œil plus .doucement éclaire. Ton seul contentement est l'obiect de leurs vœux : Leurs yeux ont pour toy seul des charmes et des feux, Et ne leur plaisent point s'ils n'ont l'heur de te plaire.

La Royne est à tes flancs, ceinte pompeusement Des superbes replis d'vn Royal vestement. Et de maints diamants formez en diadème : Elle est toute parée et de perles et d'or : Mais sa chaste beauté la parant mieux encor, Fait qu'elle trouue en soy l'ornement de soy-mesme.

. Aussi te la donnant après tant de bon-heur. Le Ciel a couronné ta ioye et ton honneur D'vne félicité presque en tout mutuelle : Tu la rends grande Royne, elle toy Prince heureux : Elle ayme ta valeur, toy son cœur généreux : Sa grandeur est en toy, ta richesse est en elle.

O belle et chaste Royne, exemple de nos iours, Preste vn peu maintenant l'oreille à mes discours, Et la sage faueur de ceste ame Royale, Dont le clair iugement orne tant la bonté, Que nul sur qui le Ciel respandc sa clarté'. En l'vn ne te surmonte, en l'autre ne t'égale.

Désormais, sage Royne, il te faut effacer Et patrie et parents du fonds de ton penser. Pour ce vaillant Monarque à qui tu t'es liée : Quoy que tu sois issue et de Ducs florissants. Et de grands Empereurs, qui iustes et puissants Parmy tout l'Vniuers leur gloire ont publiée.

Car ce Prince inuaincu, ton espoux et ton Roy, Ne voit rien icy bas qu'il aime tant que toy, Ny dont il prise tant les vertus et les grâces. Ses yeux rendent tousiours son cœur à tes beautez : Car les autres obiects qu'il voit de tous costez Ne luy font que monstrer combien tu les surpasses.

Continue à luy rendre et cet honneur sans fard, Et ce parfaict amour despoiiillé de tout art. Dont ta vertu le lie en ses nœuds inuisibles : Et par ta patience et constance et douceur^, Poursuy de posséder ton iuste possesseur, Puis que le seul amour vainq les cœurs inuincibles.

Demeurant à iamais le cœur d'vn si grand Roy Autant tien par l'amour, comme il l'est par la loy. Tu verras les plus grands humbles te rendre hommage ^ : Vn seul de tes regards ou destruire, ou sauuer : Et chacun, pour le sort qui luy doit arriuer. Regarder en tremblant l'astre de ton visage.

Ny les perles ny l'or qui par tant de dangers Font voiler nos vaisseaux aux havres estrangers,

1. Respande. Ce subjonctif est un latinisme. — Cf. p. 46. Nul qui vive icy-bas.

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