‹ Œuvres poétiquesChapitre 98 sur 226 · I . Dirae, les Furies · texte numérisé non relu

I . Dirae, les Furies

DE M. Bertavt. 167

D'vne voix que la mort rendoit foible et cassée, Et d'vn piteux regard dont l'ame estoit percée, Taritost jette sur terre, et tantost vers les Cieux, Implorer le secours des hommes et des dieux : La tristesse et l'horreur en nos visages peintes : Son palais retentir de sanglots et de plaintes : Les vns se condamner d'extrême au'euglement : Les autres dire iniure à leur vain iugement D'auoir si bien preueu ce qui nous faisoit plaindre. Pour y pourueoir si mal quand il le falloit craindre.

Car en fin, que servoient à nos cœurs enchantez Tant de sages conseils receus de tous costez. De nous garder de ceux qui souuent sous la feinte D'vn humble et sainct habit ont vne ame peu sainte. Comme si l'vn d'entr'eux se fust osé vanter De pouuoir en vertu Scaeuole surmonter.

Si lorsque l'infidelle enuoyé de Megere Pour souiller d'vn tel coup sa dextre sanguinaire, Estoit entre nos mains préparant ce mechef, Nous luy seruions nous-mesme à le conduire à chef? Nous-mesmes l'admettions en la chambre Royale ? Et comme tous troublez d'vne yuresse fatale Presque luy descouurions le misérable flanc De qui son traistre acier alloit boire le sang, Aydans à ce malheur ceux qu'vne samcte enuie Eust faict pour l'empescher, offrir leur propre vie? Ou suprêmes destins, arbitres de nos iours. Que souuent vos décrets prennent d'estranges cours ! Et qu'il naist d'accidents en ces lieux lamentables Qui vainement preueus semblent ineuitables !

Helas, il me souuient que quand son pasle corps Fut mis à reposer en la couche des morts l'entray dedans la chambre où le plomb qui l'enserre Gisoit sans nulle pompe estendu contre terre, Pendant que l'artizan à cet œuure empesché. De maint ais resonnant l'vn à l'autre attaché Formoit la triste chambre où la fatale marque Des fourriers de la mort logeoit ce grand monarque.

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Et lors ramentcuant que celuy dont les os Dormoicnt entre les vers dedans ce plomb enclos, Naf^uerc estoit au monde et mon Prince et mon maistre, Celuy d'où tout mon heur se promettoit de naistre, Et de qui le trespas me venoit de rauir L'espoir de tout le bien qu'à le suiure et seruir l'auoy peu mériter d'vn cœur si débonnaire, le vey perdre à mes sens leur vsage ordinaire, D'vn tel coup de douleur dedans l'ame frappé Par le triste penser qui m'auoit occupé. Que presque euanoiiy ie tombay sur la place. En pâleur vne pierre, en froideur de la glace. Et tel qu'aux yeux humains se feroit admirer Vn marbre qu'on oirroit gémir et souspirer.

Dieu! qu'il roula de pleurs sur mon visage blesme Quand après ce transport ie reuins à moy-mesme, Et quand par les ruisseaux que mon œil espandit Ce glaçon de tristesse en larmes se fondit ! Long temps ie ressemblay ceste Nymphe affligée Qui fut par trop pleurer en fontaine changée * : Puis commençant l'humeur ^ de manquera mon œil. Tourné vers l'artizan ouurier de ce cercueil : 0 toy (luy dy-je alors d'vne voix triste et basse) Qui de la main céleste as receu ceste grâce D'enfermer au cercueil les os d'vn si grand Roy, Pour Dieu, ne vueille point enuier à ma foy L'honneur de t'assister en ce piteux office Que luy rend maintenant ton fidelle seruice. Permets moy de tenir le sapin que tu couds. Que l'en touche les ais, que l'en touche les clouds : Que ma tremblante main vn à vn te les donne, Et que de ce deuoir en pleurant ie couronne Les seruices passez qu'à luy seul i'ay rendus, Et qu'helas par sa mort pour iamais i'ay perdus. le i'ay seruy treize ans, dont mon attente morte, Apres tant d'espérance, autre fruit ne rapporte

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