‹ Œuvres poétiquesChapitre 110 sur 168 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Venez , madame ; il faut les en croire , et me suivre.

IPHIGENIE.

Qui? moi? que contre un père osant me révolter,

Je mérite la mort que j'irois éviter?

Où seroit le respect et ce devoir suprême...

ACHILLE

Vous suivrez un époux avoué par lui-même.

Cest un litre qu'en vain il prétend me voler : Ne fait-il des serments que pour les violer?

Tous-méme , que retient un devoir si sévère , Quand il vous donne à moi, n'est-il point votre père? Suivez-vous seulement ses ordres absolus Quand il cesse de l'être , et ne vous connoît plus ? Enfin , c'est trop tarder, ma princesse ; et ma crainte...

IPHIGENIE.

Quoi , seigneur ! vous iriez jusques à la contrainte? D'un coupable transport écoutant la chaleur, Tous pourriez ajouter ce comble à mon malheur? Ma gloire vous seroit moins chère que ma vie? Ah , seigneur ! épargnez la trisie Iphigénie. Asservie à des lois que j'ai dû respecter, C'est déjà trop pour moi que de vous écouter : Ne portez pas plus loin votre injuste victoire ; On , par mes propres mains immolée à ma gloire , Je saurai m'affranchir, dans ces extrémités , Du secours dangereux que vous me présentez.

i88 IPHI6ÉN1E.

ACHILLC.

Hé bien, n'en parlons plus. Obéissex, cruelle , Et cherchez une mort qui tous semble si belle : Portez à votre père un cœur où j'entrevoi Moins de respect pour lai que de haine pour moi. Une juste fureur s'empare de mon ame :

Vous allez à l'autel; et moi , j'y cours, madame. Si de sang et de morts le ciel est affamé , Jamais de plus de sang ses autels n'ont famé. A mon aveugle amour tout sera légitime :

Le prêtre deviendra la première victime; Le bûcher, par mes mains détruit et renversé , Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ; Et si, dans les horreurs de ce désordre extrême. Votre père frappé tombe et périt lui-même , Alors , de vos respects voyant les tristes fruits , - Reconnoissez les coups que vous aurez conduit!.

IPHIGBNIE.

Ah , seigneur ! Ah , cruel !... Mais il fuit, il m'échappe. O toi, qui veux ma mort, me voilà seule, frappe; Termine , juste ciel , ma vie et mon effroi ! Et lance ici des traits qui n'accablent que moi!

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