ACTE PREMIER. 2î
Je reconnns Venus et ses feux redoutables , D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables. Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner; De victimes moi-même à toute heure entourée , Je cberchois dans leurs flancs ma raison égarée : D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main bràloit l'encens : Quand ma bouche imploroit le nom de la déesse , J'adorois Hippolyte ; et , le voyant sans cesse , Même au pied des autels que je faisois fumer, J'ofFrois tout à ce dieu que je n'osois nommer. Je l'évitois par-tout. O comble de misère !
Mes yeux le retrouvoient dans les traits de son père. Contre moi-même enfin j'osai me révolter :
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont j'étois idolâtre , J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ; Je pressai son exil ; et mes cris éternels L'arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirois , Œnone ; et , depuis son absence , Mes jours moins agités couloient dans l'innocence : Soumise à mon époux , et cachant mes ennuis , De son fatal hymen je cullivois les fruits. Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même àTrézéne amenée , J'ai revu l'ennemi que j'avois éloigné :
224 PHEDRE
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur :
J'ai pris la vie en haine , et ma flamme en horreur;
Je voulois en mourant prendre soin de ma gloire ,
Et dérober au jour une flamme si noire :
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats;
Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas ,
Pourvu que, de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches ,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.