ACTE II. 23i
Je suis seule échappée aux fureurs de la guerre : J'ai perdu , dans la fleur de leur jeune saison , Six frères. . . Quel espoir d'une illustre maison ! Le fer moissonna tout; et la terre humectée But à regret le sang des neveux d'Érechthée.
Tu sais , depuis leur mort , quelle sévère loi Défend à tous les Grecs de soupirer pour moi : On craint que de la sœur les flammes téméraires Ne raniment un jour la cendre de ses frères.
Mais tu sais bien aussi de quel œil dédaigneux Je rcgardois ce soin d'un vainqueur soupçonneux : Tu sais que , de tout temps à l'amour opposée , Je rendois souvent grâce à l'injuste TMésée , Dont l'heureuse rigueur secondoit mes mépris. Mes yeux alors , mes yeux n'avoient pas vu son fils. Non que, par les yeux seuls lâchement enchantée, J'aime en lui sa beauté , sa grâce tant vantée , Présents dont la nature a voulu l'honorer, Qu'il méprise lui-même , et qu'il semble ignorer : J'aime , ja prise en lui de plus dobles richesses , Les vertus de son père , et non point les foiblesses ; J'aime , je l'avouerai , cet orgueil généreux Qui jamais n'a fléchi sous le joug amoureux.
Phèdre en vain s'honorôit des soupirs de Thésée : Pour moi , je suis plus fière , et fuis la gloire aisée D'arracher un hommage à mille antres offert.
Et d'entrer dans un cœur de toutes parts ouvert.
Mais de faire fléchir an courage infleiible ,
De porter la douleur daus une ame insensible ,
D'enchaîner un captif de ses fers étonné , •
Contre un joug qui loi plaît vainement mutiné ;
C'est là ce que je yeux; c'est là ce qui m'irrite.
Hercule à désarmer coùioit moins qu'Hippolyte ;
Et vaincu plus souvent , et plus tôt surmonté ,
Préparoit moins de gloire aux yeux qui l'ont dompté.
Mais, chère Isméoe, hélas! quelle est mon imprudence!
6n ne m'opposera que trop de résistance :
Tu m'entendras peut-être , humble dans mon ennni,
Gémir du même orgueil que j'admire aujourd'hui.
Hippolyte aiilieroit! Par quel bonheur extrême
Aurois-je pu fléchir...
ISMÈNE
Vous l'entendrez lui-même :
Il Tient à vous.