‹ Œuvres poétiquesChapitre 148 sur 168 · THÉSÉE, OENONE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, OENONE

THÉSÉE

Ah ! qu'est-ce que j'entends ? Un traîlrc , un téméraire

Préparoît cet outrage à l'honneur de son père!

Avec quelle rigueur, destin , tu me poursuis !

Je ne sais où je vais , je ne sais où je suis.

O tendresse ! ô bonté trop mal récompensée !

Projet audacieux ! détestable pensée !

Pour parvenir au but de ses noires amours ,

L'insolent de la force empruntoil le secours !

J'ai reconnu le fer, instrument de sa rage ,

Ce fer dont je l'armai pour un plus noble usage.

Tous les liens du sang n'ont pu le retenir !

Et Phèdre différoii à le faire punir !

Le silence de Phèdre épargnoit le coupable !

OENONE

Phèdre épargnoit plutôt un père déplorable :

26o PHÈDRE.

Hontease du dessein d'un amant furieux * *

Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux ,

Phèdre mouroib, seigneur, et sa main meurtrière

Éteignoit de ses yeux l'innocente lumière.

J'ai vu lever le bras , j'ai couru la sauver.

Moi seule à votre amour j'ai su la conserver :

Et , plaignant à-la-fois son trouble et vos alarmes ,

Tai servi y malgré moi, d'interprète à ses larmes.

THÉSÉE

Le perfide ! il n'a pu s'empêcher de pâlir :

De crainte , en m'abordant , je l'ai vu tressaillir.

Je me suis étonné de son peu d'alégresse ;

Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse.

Mais ce coupable amour dont il est dévoré

Dans Athènes déjà s'dtoit-il déclaré?

OENONE

Seigneiv, souvenez-vous des plaintes de la reine : Un amour criminel causa toute sa haine.

THÉSÉE

Et ce feu dans Trézène a donc recommencé ? .

OENONE

Je vous ai dit, seigneur, tout ce qui s'est passé. C'est trop laisser la reine à sa douleur mortelle , Souffrez que je vous quitte et me range auprès d'elle

AGI E IV. a6i

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