‹ Œuvres poétiquesChapitre 150 sur 168 · ACTE IV. a · texte numérisé non relu

ACTE IV. a

Qu'iU m'AeDt la parole, et m'étooffent la toîz.

THÉSÉE

Traître, tu prétendois qu'en un lâche silence

Phèdre enseveliroit ta brutale iasolence :

11 falloit, en fuyant, ne pas abandonner

Le fer qui dans ses mains aide à te condamner ;

Ou plutôt il falloit, comblant ta perfidie ,

Lui raVfr tout d'un coup la parole et la vie.

HIPPpLTTE.

D'un mensonge si noir justement irrité , Je devrois faire ici parler la vérité , Seigneur; mais je supprime un secret qui vous touche. Approuvez le respect qui me ferme la bouche , Et , sans vouloir voos-méme augmenter vos ennuis , examinez ma vif , et songez qui je suis.

Quelques crimes toujours précédent les grands crimes ; Quiconque a pu franchir les bornes légitimes Peut violer enfin les droits les plus sacrés : Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés; Et jamais on n'a vu la timide innocence Passer subitement à l'extrême licence.

Un jbur seul ne fait point à'ttn mortel vertueux Un perfide assassin, un lâche incestueux.

Élevé dai^s le sein d'uue chaste héroïne.

Je n'ai point de son sang démenti l'origine.

Pitljjiéé^ estimé sage entre tous les bui^ains , ' Daigna m'instruire encore au sortir â» ses mains.

264 PHÈDRE

Je ne veux point* me peindre avec trop (favaxitage;

Mais si quelque vertu m'est tombëe^en partage ,

Seigneur, je crois sra'-tout avoir fait éclater

La haine des forfaits qu'on ose m'impoter.

C'est par-là qu'Hippolyte est connu dans la Grèce.

J'îd poussé la vertu jusques à la rudesse :

On sait de mes chagrins l'inflexible rigueur.

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

Et l'on veut qu'Hippolyte, épris d'un feu profane...

' • THÉSÉE

Oui , c'est ce même orgueil , lâche ! qui te condamne. Je vois de tes froideurs le principe odieux : *

Phèdre seule charmoit tes impudiques yeux; Et pour tout autre objet ton £(lne indifférente Dédaignoit de brûler d'une ûamxîÊb innocente. •

HIPPOLYTE

Non , mon père , ce cœur, c'est t«)p vous le celer, N'a point d'un chaste amour dédaigné de brûler. Je confesse à vos pieds ma vëcitable offense : J'aime, j'aime, il est vrai, malgré votre défense. Aricie à ses lois tient mes vœux asservis ; ,

La fille de Pallante i Vaincu vgtre fils :

Je l'adore ; et mon ame , à vos ordres rebelle , Ne peut ni soupirer, ni brûler que pour ^Ue.

THÉSÉE

Tu l'animes? ciel ! Mais non , l'artifice est gft>saier : Tu te feins ariminel pour te justifier. *

Page 1