ACTE IV
Je me cachais au jour, je fuyois la lumière ; Just mort est le seul dieu que j'osois implorer. J'attendois le moment où j'allois expirer ; Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, Encor, dans mon malheur de trop près observée , Je n'osois dans mes pleurs me noyer à loisir. Je Qoûtois en tremblant ce funeste plaisir ; Et , sous un front serein déguisant mes alarmes , Il falloit bien souvent me priver de mes larmes.
(«NONE
Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours? Ils' ne se verront plus.
PHÈDRE
Ils s'aimeront toujours !
Au moment que je parle , ah , mortelle pensée ! Ils bravent la fureur d'une amante insensée ! Malgré ce même exil qui va les écarter.
Ils font mille serments de ne se point quitter. Non , je ne puis souffrir un bonheur qui m'outrage; OEnone , prends pitié de ma jalouse rage.
Il faut perdre Aricie ; il faut de mon époux Contre nn sang odieux réveiller le courroux : Qu'il ne se borne pas à des peines légères ; Le crime de la sœur passe celui des frères.
Dans mes jaloux transports je le veux implorer. Que fais-je? Où ma raison se va-t-elle égarer? Moi jalouse ! et Thésée est celui que j'implore !
27a PHÈDRE.
Mon ëpoiix est rivant , et moi je brûle encore !
Pour qui? Quel est le cœur où^rétendent mes vœu^?
Chaque mot sur mon front faix dresser mes cheveux.
Mes crimes désormais ont comblé la mesure :
Je respire à-la-fois l'inceste et l'imposture;
Mes homicides mains ^ promptes à me venger.
Dans le sang innocent brûlent de se plonger.
Misérable ! et je vis ! et je soutiens la vue
De ce sacré soleil dont je suis descendue !
^ai pour aieul le père et le maître des dieux ;
Le ciel, tout l'univers est plein de mes aieux : Où me cacher? Fuyons dans la nuit infernale.
Mais que dis-je? mon père y lient l'urne fatale ; Le sort, dit-on, l'a mise en ses sévères mains : Minos juge aux enfers tous les pâles humains. Ah ! combien frémira son ombre épouvantée , Lorsqu'il verra sa fille à ses yeux présentée , Contrainte d'avouer tant de forfaits divers , Et des crimes peut-être inconnus aux enfers ! Que diras-tu, mon père, à ce spectable horrible? Je crois voir de ta main tomber l'urne terrible ; Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau , Toi-même de ton sang devenir le bourreau.
Pardonne : un dieu cruel a perdu ta famille ; Reconnois sa vengeance aux fureurs de ta fille. Hélas ! du crime affreux dont la honte me suit Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit :