THÉSÉE , PHÈDRE , THÉRAMÈNE , P ANOPE
GARDES
THÉSÉE
Hé bien ! vous triomphez , et mon fils est sans vie ! Ah ! que j'ai lieu de craindre ; et qu'un cruel soup<;oD , L'excusant dans mon cœur, m'alarme avec raison ! Mais, madame, il est mort, prenez votre victime; Jouissez de sa perte , injuste ou légitime :
Je consens que mes yeux soient toujours abusés. Je le crois cnmioel, puisque vous raccuseic.
î88 PHÈDRE.
Son trépas à mes plears offre assez de matières
Sans que j'aille chercher d*odieases lamières ,
Qui, ne pouvant le rendre à ma juste douleor,
Peut-^tre ne feroient qu'accroître mon malhenr.
Laissez-moi , loin de vous , et loin de ce rivage ,
De mon fils déchiré fuir la sanglante image.
Confus , persécuté d'un mortel souvenir,
De l'univers entier je voudrois me bannir.
Tout semble s'élever contre mon injustice ;
L'éclat de mon nom même augmente mon supplice :
Moins connu des mortels , je me cacherois mieux.
Je bais jusques aux soins dont m'honorent les dieax;
Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières ,
Sans plus les fatiguer d'inutiles prières.
Quoi qu'ils fissent pour moi , leur funeste bonté
Ne me sauroit payer de ce qu'ils m'ont ôté.
PHÈDRE
Non , Thésée , il faut rompre un injuste silence ; 11 faut à votre fils rendre son innocence :
Il n'étoit point coupable.
THÉSÉE
Ah ! père infortuné !
Et c'est sur votre foi que je l'ai condamné ! Cruelle ! pensez-vous être assez excusée...
PHEDRE
Les moments me sont chers; écoutez-moi, Thésée : C'est moi qui , sur ce fils chaste et respectueui.