‹ Œuvres poétiquesChapitre 168 sur 168 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Osai jeter an œil profane , incestueux, lie ciel mit dans mon sein une flamme funeste : La détestable Œnone a conduit tout le reste.

Elle a craint qu'Hippolyte, instruit de ma fureur, Ne découvrît un feu qui lui faisoit horreur : La perfide , abusant de ma foiblesse extrême , S'est hâtée à vos yeux de l'accuser lui-même. Elle s'en est punie, et, fuyant mon courroux, A cherché dans les flots un supplice trop doux. Le fer auroit déjà tranché ma destinée; Mais je Uissois gémir la vertu soupçonnée :

J'ai voulu , devant vous exposant mes remords , Par un chemin plus lent descendre chez les morts. J'ai pris , j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes.

Déjà jusqu'à mon cœur le venin parvenu Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu; Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage Et le ciel et l'époux que ma présence outrage ; Et la mort , à mes yeux dérobant la clarté , Rend au jour qu'ils souilloient toute sa pureté.

PANOPE

Elle expire , seigneur !

THÉSÉE

D'une action si noire Que ne peut avec elle expirer la mémoire !

Allons, de mon erreur, hélas ! trop éclaircis, 3. 19

290 PHÈDRE

Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils !

Allons de ce cher fib embrasser ce qui reste , '

Expier la foreur d'un vœu que je déteste :

Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités;

Et, pour mieux apaiser ses mânes irrités ,

Que , malgré les complots d'une injuste famille ,

Son amante aujourd'hui me tienne lieu de fille !

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