ACTE II
Mais des foreurs du roi qae puis -je enfin juger? Il se plaint qu'à se» vœux un autre amour s'oppose : Quel heureux criminel en peut être la cause?
Qui? Parler.
MONIMB.
Vous cherchez , prince , à vous tourmenter.
Plaignez votre malheur, sans vouloir l'augmenter.
XIPHARÈS
Je sais trop quel tourment je m'apprête moi-même. C'est peu de voir un père épouser ce que j'aime : Voir encore un rival honoré de vos pleurs , Sans doute c'est pour moi le comble des malheurs ; Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître. Madame , par pitié , faites- le-moi connoitre : Quel est-il, cet amant? Qui doiis-je soupçonner?
MONIME
Avez-vous tant de peine à vous l'imaginer?
Tantôt, quand je fuyois une injuste contrainte, A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte? Sous quel appui tantôt mon cœur s'est-il jeté? Quel amour ai-je enfin sans colère écouté ?
XIPHARÈS
O ciel ! Quoi ! je serois ce bienheureux coupable Que vous avez pu voir d'un regard favorable ! Vos pleurs pour Xipharès auroient daigné couler?
MONIME
Oui , prince : il n'est plus temps de le dissimuler ;
44 MITHRIDATE
Ma douleur pour se taire a trop de violence.
Un rigoureux devoir me condamne au silence ;
Mais il faut bien enfin , malgré ses dures lois ,
Parler pour la première et la dernière fois.
Vous m'aimez dès long-temps : une égale tendresse
Pour vous , depuis long-temps , m'afflige et m'intéresse.
Songez depuis quel jour ces funestes appas
Firent naître un amour qu'ils ne méritoient pas ;
Rappelez un espoir qui ne vous dura guère,
Le trouble où vous jeta l'amour de votre père ,
Le tourment de me perdre et de le voir heureux ,
Les rigueurs d'un devoir contraire à tous vos vœux :
Vous n'en sauriez , seigneur, retracer la mémoire ,
Ni conter vos malheurs , sans conter mon histoire ;
Et, lorsque ce matin j'en écoutois le cours,
Mon cœur vous répondoit tous vos mêmes discours.
InutUe , ou plutôt funeste sympathie !
Trop parfaite union par le sort démentie !
Ah ! par quel soin cruel le ciel avoit-il joint
Deux cœurs que l'un pour l'autre il ne destinoit point !
Car, quel que soit vers vous le penchant qui m'attire ,
Je vous le dis , seigneur, pour ne plus vous le dire ,
Ma gloire me rappelle et m'entraîne à l'autel.
Où je vais vous jurer un silence éternel.
J'en tends, ^ous gémissez ; mais telle est ma misère.
Je ne suis pas à vous , je suis à votre père.
Dans ce dessein vous-même il faut mtt soutenir.