ACTE m. 5i
Sousjes drapeaux d'an roi lonç- temps victorieiiz , Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux?
Que dis-je ? En quel état croyea-vous la surprendre? Vide de légions qui la puissent défendre , Tandis que tout s'occupe à me persécuter, Leurs femmes , leurs enfants , pourront-ils m'arréter ? Marchons , et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers ; Qu'ils tremblent, à leur tour, pour leurs propres foyers ; Annibal l'a prédit , croyons-en ce grand homme : Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons4a dans son sang justement répandu ; Brûlons ce Capitole où j'étois attendu ; Détruisons ses honneurs , et faisons disparoitre La honte de cent rois , et la mienne peut-être ; Et, la flamme à la main , effaçons tous ces noms Que Rome y consacroit à d'étemels affronts.
Voilà l'ambition dont mon ame est saisie.
Ne croyez point pourtant qu'éloigné de l'Asie J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs : Je sais oti je lui dois trouver des défenseurs ; Je veux que d'ennemis par-tout enveloppée , Rome rappelle en vain le secours de Pompée.
Le Parthe , des Romains comme moi la terreur. Consent de succéder à ma juste fureur ; Prêt d'unir avec moi sa haine et sa famille ,
52 MITHRIDATE
11 me demande un fils pour époux à sa fille. «
Cet honneur vous regarde, et j'ai fait choix de vous,
Pharnace : allez , soyez ce bienheureux époux.
Demain , sans différer, je prétends que l'aurore
Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore.
Vous que rien n'y retient, partez dès ce moment.
Et méritez mon choix par votre empressement :
Achevez cet hymen ; et , repassant l'Euphrate ,
Faites voir à l'Asie un autre Mithridate.
Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi ;
Et que le bruit à Rome en vienne jusqu'à moi.
PHARNÂCE.
Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J'écoute avec transport cette grande entreprise ; Je l'admire; et jamais un plus hardi dessein ^e mit à des vaincus les armes à la main.
Sur-tout j'admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable. Mais , si j'ose parler avec sincérité , En êtes-vous réduit à cette extrémité?
Pourquoi tenter si loin des courses inutiles, Quand vos états encor vous offrent tant (^asiles ; Et vouloir affronter des travaux infinis , Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis , Que d'un roi qui naguère avec quelque apparence De l'aurore au couchant portoit son espérance , Fondoit sur trente états son trône florissant ,