‹ Œuvres poétiquesChapitre 26 sur 168 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Dont le débris est même un empire puissant?

Vous seul, seignem*, voas seul, après quarante années, Pouvez encor lutter contre les destinées.

Implacable ennemi de Rome et du repos , Comptez-vous vos soldats pour autant de béros? Pensez-vous que ces cœurs, tremblants de leur défaite, Fatigués d'une longue et pénible retraite , Cherchent avidement tous un ciel étranger La mort, et le travail pire que le danger?

Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie , Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie? Sera-t-il moins terrible, et le vaincront-ils mieux Dans le sein de sa ville, à Taspect de ses dieux? Le Parthe vous recherche et vous demande un gendre. Mais ce Parthe , seigneur, ardent à nous défendre Lorsque tout l'univers serabloit nous protéger. D'un gendre sans appui voudra-t-il se charger? M'en irai-je moi seul , rebut de la fortune , Essuyer l'inconstance au Parthe si commune ; Et peut-être , pour fruit d'un téméraire amour. Exposer votre nom au mépris de sa cour?

Du moins , s'il faut céder, si , contre notre usage , n faut d'un suppliant emprunter le visage , Sans m'envoyer du Parthe embrasser les genoux , Sans vous-même implorer des rois moindres que vous, Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie? Jetons- nous dans les bras qu'on nous tend avec joie :

54 MITHRIDATE

Rome en notre fayeur facile à s'apaiser

XIPHARÈS

Rome, mon frère! O ciel! qu'osea-vous proposer? Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie? Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie ? Qu'il se fie aux Romains , et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois ? Continuez , seigneur : tout Vaincu que vous êtes , La guerre , les périls sont vos senles retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus conjuré contre elle et plus craint qu'Ânnibal. Toutcouvertde son sang , quoi que vous puissiez faire, N'en attendez jamais qu'une paix sanguinaire , Telle qu'en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l'Asie à cent mille Romains.

Toutefois épargnez votre tête sacrée :

Vous-même n'allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit , Et de votre grand nom diminuer le bruit.

Votre vengeance est juste; il la faut entreprendre : Rrûlez le Capitole, et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins : Faites porter ce feu par de plus jeunes mains ; Et, tandis que l'Asie occupera Phamace, De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez : laissez-nous, de votre nom suivis, Justifier par-tout que noua sommes vos fils.

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