‹ Œuvres poétiquesChapitre 36 sur 168 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MONIME, PHOEDIME.

MONIME

Phcedime , au nom des dieux , fais ce que je désire : Va voir ce qui se passe , et reviens me le dire. Je ne sais ; mais mon cœur ne se peut rassurer : Mille soupçons affreux viennent me déchirer.

Que tarde Xipharès? et d'où vient qu'il diffère A seconder des vœux qu'autorise son père?

Son père, en me quittant, me l'alloit envoyer... Mais il feignoit peut-être. Il falloit tout nier. Le roi feignoit! Et moi, découvrant ma pensée... O dieux ! en ce péril m'auriez-vous délaissée ? Et se pourroit-il bien qu'à son ressentiment Mon amour indiscret eût livré mon amant?

Quoi, prince ! quand toutplein de ton amour extrême Pour savoir mon secret tu me pressois toi-même , Mes refus trop cruels vingt fois te l'ont caché ; j. 5

66 MITHRIDATE

Je t'ai même pmii de l'avoir arraché :

Et qnand de toi peut-être un père se défie , Que dis-je? quand peut-être il y va de ta vie , Je parle; et, trop facile à me laisser tromper, Je lui marque le cœur où sa main doit frapper !

PHGEDIME.

Ah ! traitez-le , madame , avec plus de justice ; Un grand roi descend-il jusqu'à cet artifice ? A prendre ce détour qui Tauroit pu forcer?

Sans murmure à l'autel vous l'alliez devancer. Vouloit-il perdre un fils qu'il aime avec tendresse? Jusqu'ici les effets secondent sa promesse :

Madame , il vous disoit qu'un important dessein , Malgré lui , le forçoit à vous quitter demain : Ce seul dessein l'occupe ; et , hâtant son voyage , Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage ; Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats , Et par- tout Xipharès accompagne ses pas.

D'un rival en fureur est-ce là la conduite?

Et voit-on ses discours démentis par la suite?

MONIME

Phamace, cependant, par son ordre arrêté.

Trouve en lui d'un rival toute la dureté.

Phcedime , à Xipharès fera-t-il pins de grâce?

PHOEDIME.

C'est l'ami des Bomains qu'il punit en Pharnace : L'amour a peu de part à ses justes soupçons.

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