SCÈNE I
MONIME, PHŒDIME.
PHOEDIME.
Madame, où courez-vous? Quels aveugles transports Vous font tenter sur vous de criminels efforts ? H^ quoi ! vous avez pu , trop cruelle à vous-même , Faire un affreux lien d'un sacré diadème !
Ah ! ne voyez-vous pas que les dieux plus humains Ont eux-mêmes rompu ce bandeau dans vos mains ?
MONIME
Hé ! par quelle fureur, obstinée à me suivre. Toi-même malgré moi veux-tu me faire vivre?
Xipharès ne vit plus ; le roi désespéré Lui-même n'attend plus qu'un trépas assuré :
Quel fruit te promets-tu de ta coupable audace ? Perfide, prétends-tu me livrer à Pharnace?
PHOEDIME.
Ah! du moins attendez qu'un fidèle rapport
MITHRIDATE. 83
De son malheureux fîrère ait confirmé la mort. Dans la confusion que nous venons d'entendre, Les yeux peuvent-ils pas aisément se méprendre? D'abord , vous le savez , un bruit injurieux Le rangeoit du parti d'un camp séditieux ; Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelles Ont tourné contre lui leurs armes criminelles. Jugez de l'un par l'autre , et daignez écouter...
MONIME
Xipharès ne vit plus , il n'en faut point douter : L'événement p'a point démenti mon attente.
Quand je n'en aurois pas la nouvelle sanglante , Il est mort ; et j'en ai pour garants trop certains Son courage et son nom trop suspects aux Romains. Âb ! que d'un si beau sang dès long-temps altérée Rome tient maintenant sa victoire assurée !
Quel ennemi son bras leur alloit opposer !
Mais sur qui, malheureuse , oses- tu t'excuser? Quoi ! tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes, Et dans tous ses malheurs reconnoitre tes crimes ! De combien d'assassins l'avois-je enveloppé ! Comment à tant de coups seroit-il échappé ?
Il évitoit en vain les Romains et son frère : Ne le livrois-je pas aux fureurs de son père? C'est moi qui , les rendant l'un de l'autre jaloux , Vins allumer le feu qui les embrase tous :
Tison de la discorde , et fatale furie ,
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Que le démon de Rome a formée et nourrie.
Et je vis ! Et j'attends que , de leur sang baigné ,
Phamace des Romains revienne accompagné ,
Qu'il étale à mes yeux ia parricide joie !
La mort au désespoir ouvre plus d'une voie :
Oui , cruelles , en vain vos injustes secours
Me ferment du tombeau les chemins les plus courts ,
Je trouverai la mort jusque dans vos bras même.
Et toi , fatal tissu , malheureux diadème , Instrument et témoin de toutes mes douleurs , Bandeau , que mille fois j'ai trempé de mes pleurs , Au moins , en terminant ma vie et mon supplice , Ne pouvois-tu me rendre uu funeste service?
A mes tristes regards , va , cesse de t'offrir ; D'autres armes sans toi sauront me secourir : Et périsse le jour et la main meurtrière Qui jadis sur mon front t'attacha la première !
PHOEDIME.
On vient , madame , on vient ; et j'espère qu' Arcat , Pour bannir vos frayeurs , porte vers vous ses pas.