ACTE PREMIER. m
Bientôt... Mais quels malheurs dans ce billet traces Vous arrachent, seigneur, les pleurs que vous versez? Votre Orestc au berceau va-t-il finir sa vie? ' Pleurez-vous Gytemnestre , ou bien Iphigënie? Qu'est-ce qu'on vous écrit? Daignez m'en avertir.
ÂGAMEMNON.
Non , tu ne mourras point : je n'y puis consentir.
ARGAS.
Seigneur...
AGAMEMNON
Tu vois mon trouble ; apprends ce qui le cause. Et juge s'il est temps , ami , que je repose. Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos vaisseaux par les vents sembloient être appelés : Nous partions ; et déjà , par mille cris de joie , Nous menacions de loin les rivages de Troie.
Un prodige étonnant fit taire ce transport; Le vent qui nous fiattoit nous labsa dans le port. Il fallut s'arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer iomiobile.
Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux :
Suivi de Ménélas, de Nestor, et d'Ulysse, J'ofFris sur ses autels un secret sacrifice.
Quelle fut sa réponse ! et quel devins-je , Arcas , Quand j'entendis ces mou prononcés par Calchas! « Vous armes contre Troie une puissance vaine ,
lia IPHIGÉNIE.
m Si, dans un sacrifice auguste et solennel ,
« Une fiUe du sang d'Hélène, m De Diane, en ces lieux, n'ensanglante l'autel. « Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie ,
« Sacrifiez Iphigénie. i*
ARCAS
Votre fiUe!
AGAMEMNON
Surpris, comme tu peux penser, Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix , et n'en repris l'usage Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai Jes dieux, et, sans plus rien ouïr. Fis vœu, sur leurs autels , de leur désobéir. Que n'en croyois-je alors ma tendresse alarmée ! Je voulois sur-le-champ congédier l'armée.
Ulysse, en apparence, approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie, Il me représenta l'honneur et la patrie , Tout ce peuple , ces rois , à mes ordres soumis , Et l'empire d'Asie à la Grèce prorais :
De quel front, immolant tout l'état à ma fille, Roi sans gloire , j'irois vieillir dans ma famille. Moi-même , je l'avoue avec quelque pudeur.
Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur. Ce nom de roi des rois , et de chef de la Grèce ,