ACTE PREMIER. ii
Chatottilioit de mon cœur l'orgueillease foiblesse. Pour comble de malhear, les dieux , toutes les noiu , Dès qii' un léger sommeil saspendoit mes ennuis , Vengeant de leurs autels le san0lant privilège , Me venoient reprocher ma pitié sacrilège; Et, présentant la foudre à mon esprit confus , Le bras déjà levé , menaçoient mes refus.
Je me rendis , Arcas ; et, vaincu par Ulysse, De ma fille, en pleurant, j'ordonnai le supplice. Mais des bras d'une mère il falloit l'aÉj^her. Quel funeste Jirtifice il me fallut chercner ! D'Acbille , qui l'aimoit, j'empruntai le langage : J'écrivis en Argos, pour hflter ce voyage.
Que ce guerrier, pressé de partir avec nous , Youlmt revoir ma fille , et partir son époux.
ARCAS
Et ne craigkiez-vous point l'impatient Achille? Avez-vous prétendu que , muet et tranquille, Ce héros , qn'armera l'amour et la raison , Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom ? Verra-t-il à ses yeux son amante immolée?
AGAMBMNON.
Achille étoit absent; et son père Pelée, D'un ennemi voisin redoutant les efforts, L'avoit , tu t'en souviens , rappelé de ces bords ; Et cette guerre,. Arcas, selon toute apparence, Auroit dû plus long-temps prolonger son absence. 3. 8
ii4 IPHIGÉNIE.
Mais qui peut dans sa course arrêter oe torrent?
Achille va combattre , et triomphe en courant;
Et ce vainqueur, suivant de près sa renommée,
Hier avec la nuit arriva dans l'armée.
Mais des nœuds plus puissants me retiennent le bras :
Ma fiUe , qui s'approche , et court à son trépas ;
Qui, loin de soupçonner un arrêt si sévère.
Peut-être s'applaudit des bontés de son père;
Ma fille... Ce nom seul, dont les droits sont si saints»
Sa jenness|^pon sang , n'est pas ce que je plains :
Je plains i^le vertus , une amour mutuelle.
Sa piété pour moi, ma tendresse pour elle.
Un respect qu'en son cœur rien ne peut balancer.
Et que j'avois promis de mieux récon^penser.
Non , je ne croirai point, à ciel , que ta justice
Approuve la fureur de ce noir sacrifice :
Tes oracles sans doute ont voulu m'éprouver;
Et tu me punirois si j'osois l'achever.
Arcas , je t'ai choisi pour cette coufidence ;
Il faut montrer ici ton zèle et ta prudence.
La reine, qui dans Sparte avoit connu ta foi.
T'a placé dans le rang que tu tiens près de moi.
Prends cette lettre , cours au-devant de la reine ,
Et suis , sans t'arréter, le chemin de Mycène.
Dès que tu la verras , défends-lui d'avancer.
Et rends-lui ce billet que je viens de tracer.
Mais ne t'écarte point; prends un fidèle guide.