‹ Œuvres poétiquesChapitre 58 sur 168 · ACTE PREMIER. ii · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. ii

Si ma fille une fois met le pied dans l' Aulide , Elle est morte : Calchas, qui l'attend en ces lieux , Fera taire nos pleurs, fera parler les dieux ; Et la religion , contre nous irritée, Par fes timides Grecs sera seule écoutée ; Ceux même dont ma gloire aigrit l'ambition Réveilleront leur brigue et leur prétention , M'arracheront peut-être un pouvoir qui les blesse... Va y difr-je , sauve-la de ma propre foiblesse. Mais sur-tout ne va point , par un zèle indiscret , Découvrir à ses yeux mon funeste secret.

Que , s'il se peut , ma fille , à jamais abusée , Ignore à quel péril je l'avois exposée ; D'une mère en fureur épargne-moi les cris ; Ef que ta voix s'accorde avec ce que j'écris. Pour renvoyer la fille, et la mère offensée.

Je leur écris qu'Achille a changé de pensée ; Et qu'il veut désormais jusques à son retour Différer cet hymen que pressoit son amour.

Ajoute , tu le peux , que des froideurs d'Achille On accuse en secret cette ieune Ériphile Que lui-même captive amena de Lesbos , Et qu'auprès de ma fille on garde dans Argos. C'est leur en dire assez : le reste , il le faut taire. Déjà le jour plus grand nous frappe et nous éclaire; D^a même l'on entre, et j'entends quelque bruit. C'est Achille. Va , pars. Dieux ! Ulysse le suit !

1,6 IPHIOÉNIE.

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