‹ Œuvres poétiquesChapitre 69 sur 168 · ACTE II. i3i · texte numérisé non relu

ACTE II. i3i

Et te parle une fois pour se taire tonjonrs.

Ne me demande point sur quel espoir fondée De ce fatal amour je me vis possédée.

Je n'en accuse point quelques feintes douleurs Dont je crus voir Achille honorer mes malheurs : Le ciel s*est fait, sans doute, une joie inhumaine A rassembler sur moi tous les traits de sa haine. Rappellerai-je encor le souvenir affreux Du jour qui dans les fers nous jeta toutes deux? Dans les cruelles mains par qui je fus ravie Je demeurai long-t<?mps sans lumière et sans vie r Enfin , mes tristes yeux cherchèrent la clarté ; Et , me voyant presser d'un bras ensanglanté , Je frémissois , Doris , et d'un vainqueur sauvage Craignois de rencontrer l'effroyable visage.

• J'entrai dans son vaisseau , détestant sa fureur. Et toujours détournant ma vue avec horreur.

Je le vis : son aspect n'avoit rien de farouche ; Je sentis le reproche eipirer dans ma bouche ; Je sentis contre moi mon cœur se déclarer ; J'oubliai ma colère , et ne sus que pleurer.

Je me laissai conduire à cet aimable guide.

Je l'aimois |i Lesbos , et je l'aime en Aulide. Iphigénie en vain s'offre à me protéger, Et me tend une main prompte à me soulager :

Triste effet des fureurs dont je suis tourmentée,- Je n'accepte la main qu'elle m'a présentée

i32 IPHI6ÉNIE.

Que pour m'armer contre elle, et, sans me découvrir.

Traverser son bonheur que je ne puis souffrir.

Doais.

Et que pourroit contre elle une impuissante haine ? Ne valoit-il pas mieux , renfermée à Mycène , Éviter les tourments que vous venez chercher^ £t combattre des feux contraints de se cacher?

ERIPBILB.

Je le voulois, Doris. Mais , quelque triste image Que sa gloire à mes yeux montrât sur ce rivage , Au sort qui me traînoit il fallut consentir:

Une secrète voix m'ordonna de partir, Me dit qu'offrant ici ma présence importune.

Peut-être j'y pourrois porter mon infortune ; Que peut-être, approchant ces amants trop heureux, Quelqu'un de mes malheurs se répandroit sur eux. Voilà ce qui m'amène , et non l'impatience D'apprendre à qui je dois une triste naissance ; Ou plutôt leur hymen me servira de loi :

S'il s'achève , il suffit, tout est fini pour moi : Je périrai, Doris; et, par une mort prompte , Dans la nuit du tombeau j'enfermerai ma honte , Sans chercher des parents si long-temps ignorés , Et que ma folle amour a trop déshonorés.

DORIS

Que je vous plains , madame ! et que la tyrannie . . .

ACTEfl.

ÉRIPHÎLE.

Tu vois AgamemnoQ avec Iphigénic.

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