‹ Œuvres poétiquesChapitre 73 sur 168 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés !

IPHIOÉNIE.

Je ne m'en défends point : mes pleurs , belle Ériphile , Ne tiendront pas long-temps contre les soins d'Achille ; Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, Lui donnent sm* mon ame un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je pense? Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience, Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher, Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher, S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue Qu'avec tant de transports je croyois attendue? Poift'moi,depuisdeux jours qu'approchantdeces lieux, liCur aspect souhaité se découvre à nos yeux , Je l'attendois par-tout; et, d'un regard timide , Sans cesse parcourant les chemins de l' Aulide , Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi , Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens , j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue. * Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue; Lui seul ne paroît point : le triste Agamemnon Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom. Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère? Trouverai-je l'amant glacé comme le père ?

Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour Éteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour? Mais non , c'est l'offenser par d'injustes alarmes :

i38 IPUIGÉNIE.

C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes. Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants Dont le père d'Hélène a reçu les serments :

Loi seul de tous les Grecs , maître de sa parole , S'il part contre Ilion , c'est pour moi qu'il y Tole ; Et, satisfait d'un prix qui lui semble si doux. Il veut même y porter le nom de mon époux.

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