ACTE III. i5i
J'ai tantôt, sans respect, affligé sa misère. Que ne puis-je aussi bien , par d'utiles secours , Réparer promptement mes injustes discours !
Je lui prête ma voix , je ne puis davantage.
Vous seul pouvez , seigneur, détruire votre ouvrage ; Elle est votre captive; et ses fers que je plains , Quand vous l'ordonnerez , tomberont de ses mains. Cdmmencez donc par-là cette heureuse journée. Qu'elle puisse à nous voir n'être plus condamnée. Montrez que je vais suivre au pied de nos autels Un roi qui , non content d'effrayer les mortels , A des embrasements ne borne point sa gloire , Laisse aux pleurs d'une épouse attendrir sa victoire , Et , par les malheureux quelquefois désarmé , Sait imiter en tput les dieux qui l'ont formé.
ÉKIPHILE.
Oui , seigneur, des douleurs soulagez la plus vive. La guerre dans Lesbos me fit votre captive ; Mais c'est pousser trop loin ses droits injurieux. Qu'y joindre le tourment que je souffre en ces lieux.
ACHILLE
Vous , madame !
ÉRIPHILE
Oui, seigneur ; et, sans compter le reste , Pouvez-vous m*imposer une loi plus funeste Que de rendre mes yeux les tristes spectateurs De la félicité de mes persécuteurs?
i53 IPUIGÉNIE.
J'entends de tontes parts menacer ma patrie ;
Je vois marcher contre elle une armée en fnrie;
Je Tois déjà l'hymen , pour mienx me déchirer,
Mettra en vos mains le feu qui la doit dévorer.
Souffrez que , loin du camp et loin de votre vue ,
Toujours infortunée et toujours inconnue.
J'aille cacher un sort si digne de pitié ,
Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié.
ACHILLE
C'est trop , belle princesse : il ne faut que nous suivre. Venez, qu'aux yeux des Grecs Achille vous délivre; Et que le doux moment de ma félicité Soit le moment heureux de votre liberté.