ACTE III. i
CLTTEMNESTRE.
Dieux ! que vient-il m'apprendre?
ARGAS, à Achille.
Je ne vois plus que vous qui la puisse défendre.
ACHILLE
Contre qui?
ARCAS
Je le nomme et l'accuse à regret :
Autant que je l'ai pu j'ai gardé son secret.
Mais le fer, le bandeau , la fiUimme est toute prête; Dût tout cet appareil retomber sur ma tête , 11 faut parler.
CLTTEMNESTRE.
Je tremble. Expliquez-vous , Arcas.
ACHILLE
Qui que ce soit, parlez , et ne le craignez pas.
ARCAS
Vous êtes son amant, et vous êtes sa mère :
Gardez-vous d'envoyer la princesse à son père.
CLTTEMNESTRE.
Pourquoi le craindrons-nous?
ACHILLE
Pourquoi m'en défier?
ARCAS
n l'attend à l'autel pour la sacrifier.
ACHILLE
Lui!
i54 IPHIGÉNIE.
CLTTEMNESTRB.
SafiUe!
IPHIGÉNIE
Mon père !
ÉRIPHILE
O ciel ! quelle nouvelle !
ACHILLE
Quelle aveugle fureur pourroit l'armer contre cUc? Ce discours sans horreur se peut-il écouter?
ARCAS
Ah , seigneur ! plût au ciel que je pusse en douter ! Par la voix de Galchas l'oracle la demande ; De toute autre victime il refuse l'offrande ; Et les dieux, jusque-là protecteurs de Paris , Ne nous promettent Troie et les vents qu'à ce prix.
CLTTEMNESTRE.
Les dieux ordonneroient un meurtre abominable !
IPHIGÉNIE
Ciel ! pour tant de rigueur, de quoi snis-je coupable?
CLTTEMNESTRE.
Je ne m'étonne plus de cet ordre cruel Qui m'avoit interdit l'approche de l'autel.
IPHIGÉNIE, à Achille.
Et voilà donc l'hymen où j'étois destinée !
ARCAS
Le roi , pour vous tromper, feignoit cet hyménée : Tout le camp même encore est trompé comme vous.