‹ Œuvres poétiquesChapitre 90 sur 168 · ACTE 111. i · texte numérisé non relu

ACTE 111. i

Hélas ! de tant d'horreurs son cœur déjà troublé Doit-ii de votre haine être encore accable?

ACHILLE

Quoi , madame ! parmi tant de sujets de crainte , Ce sont là les frayeurs dont tous êtes atteinte ! Un cruel ( comment puis-je autrement l'appeler? ) Par la main de Galchas s'en va vous immoler ; Et lorsqu'à sa fureur j'oppose ma tendresse , Le soin de son repos est le seul qui vous presse ! On me ferme la bouche ! on l'eicuse ! on le plaint ! C'estpour lui que l'on tremble, et c'est moi que l'on craint ! Triste effet de mes soins ! Est-ce donc là , madame , Tout le progrès qu'Achille avoit fait dans votre ame?

IPHIGÉNIE

Ah, cruel! cet amour, dont vous voulez douter, Ai-je attendu si tard pour le faire éclater?

Vous voyez de quel œil , et comme indifférente , J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante :

Je n'en ai point pâli. Que n'avez-vous pu voir A quel excès tantôt alloit mon désespoir, Quand , presque en arrivant , un récit peu fidèle M'a de votre inconstance annoncé la nouvelle ! Quel trouble , quel torre&t de mots injurieux Accusoit à-la-fois les hommes et les dieux !

Ah ! que vous auriez vu , sans que je vous le die , De combien votre amour m'est plus cher que ma vie ! Qui sait même , qui sait si le ciel irrité

i6o IPHIGÉNIE.

A pu sonffrir L'excès de mu félicite?

Hélas ! il me sembloit qa'ane flamme si belle M'éleYoit au-dessus du sort d'une mortelle.

ACHILLE

Ah ! si je vous suis cher, ma princesse, vivez.

Page 1