ACTE III
Et, pour fniit de mes soins , pourfmit de mes travaux. Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire Qui le doit enrichir, venger, combler de gloire , Content et glorieux du nom de votre époux.
Je ne lui demandois que l'honneur d'être à vous : Cependant aujourd'hui , sanguinaire , parjure , C'est peu de violer l'amitié , la nature , C'est peu que de vouloir, sous un couteau mortel , Me montrer votre cœur fumant sur un autel; D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice , Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice, Que ma crédule main conduise le couteau , Qu'au lien de votre époux je sois votre bourreau! Et quel étoit pour vous ce sanglant hyménée , Si je fusse arrivé plus tard d'une journée?
Quoi donc ! à leur fureur livrée en ce moment. Vous iriez à l'autel me chercher vainement ; Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée.
En accusant mon nom qui vous auroit trompée ! Il faut de ce péril , de cette trahison , Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison. A l'honneur d'un époux vous-même intéressée , Madame , vous devez approuver ma pensée. Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser Apprenne de quel nom il osoit abuser.
IPHIGÉNIE
Hélas ! si vous m'aimez , si, pour grâce dernière,
i58 IPHIGÉNIE.
Vous daignez d'une amante écouter la prière ,
C'est maintenant , seigneur, qu'il faut me le prouver.
Car enfin , ce cruel que tous allez braver,
Cet ennemi barbare , injuste , sanguinaire ,
Songez, quoi qu'il ait fait, songez qu'il est mon père.
ACHILLE
Lui, votre père ! Après son horrible dessein, Je ne le connois plus que pour votre assassin.
IPHIGÉNIE
C'est mon père, seigneur, je vous le dis encore , Mais un père que j'aime , un père que j'adore , Qui me chérit lui-même , et dont, jusqu'à ce jour. Je n'ai jamais reçu que des marques d'amour.
Mon cœur, dans ce respect élevé dès l'enfance , Ne peut que s'af&iger de tout ce qui l'offense , Et, loin d'oser ici, par un prompt changement. Approuver la fureur de votre emportement.
Loin que par mes discours je l'attise moi-même , Croyez qu'il faut aimer autant que je vous aime Pour avoir pu souffrir tous les noms odieux Dont votre amour le vient d'outrager à mes yeux. Et pourquoi voulez-vous qu'inhumain et barbare Il ne gémisse pas du coup qu'on me prépare?
Quel père de son sang se plait à se priver?
Pourquoi me perdroit-il s'il pouvoit me sauver? J'ai vu , n'en doutez point , ses larmes se répandre. Faut-il le condamner avant que de l'entendse?