‹ Œuvres poétiquesChapitre 11 sur 62 · AUTAVT RECREATIF QUE PLEIN DE BEAUX EXEMPLES · texte numérisé non relu

AUTAVT RECREATIF QUE PLEIN DE BEAUX EXEMPLES

Nous avons bien souvent à mespris une chose, Ignorant la vertu qui est en elle enclose. Faute de rechercher diligemment le pris Qui pourroit estonner en après noz esprits. Cary comme un coq qui treuve une perle perdue, Ne sçachant la valeur de la chose incogneue, Ainsi, ou peu s'en faut, l'homme ignare ne sçait Quel est entre les deux sexes le plus parfait.

Il me plaist bien de voir des hommes le courage, Des hommes le sçavoir, le pouvoir; d'avantage. Je me plais bien de voir des hommes la grandeur; Mais puis, si nous venons à priser la valleur,

l8 BRIEF DISCOURS

Le courage, Vespriî et la magnificence.

L'honneur et la vertu et toute l'excellence Qu'on voit luire tousjours au sexe féminin, A bon droit nous dirons que c'est le plus divin.

Quelqu'un plein de despit, tout coleré de rage. Dira que je fais mal de tenir tel langage, Et dira que la femme est remplie de maux, D'inconstance et d'erreur, sur tous les animaux. Quant à moy, je sçay bien qu'entre nous femelettes, On peut humainement trouver des fauteletîes; Mais cela ne fait pas que ne soit deu l'honneur A la femme qui est pleine de tout bonheur, Chasse-mal, chasse-ennuy, chasse-dueil, chasse-peine, L'asseuré reconfort de la semence humaine.

Si l'on veut balancer suivant les saintes loix Des hommes les péchez, d'un équitable poix, Bienîost on trouvera que la juste balance Contre l'homme don'ra la très-juste sentence. Pour preuve la grandeur je prens premièrement De sa formation, mon premier argument.

La matière de chair est elle pas plus belle (Dont ce corps féminin fut basti sans modelle. Suivant le sainct vouloir du vray Jupin tout bon) Que n'est celle qui fut formée du limon ^ Sans douter, il y a en l'une d'excellence

DE l'excellence DE LA FEMME 19

Plus qu^en l'autre n'y a de vertu ny puissance. Et comme le soleil et les luisans flambeaux Qui drillent dessus nous, comme tous animaux^ La nourricière terre, et comme le ciel mesme, Bref tout ce qui fut faict de la main du suprême Devant l'homme mortel, n'est point si précieux, Que l'homme est sur cela beaucoup plus glorieux, Tout ainsi la femme est dessus l'homme plus digne. Comme chef-d'œuvre au vray de la vertu divine.

Aussi, quand Jupiter la voulut esgaler Aux citadins du ciel, les dieux feit appeler, Afin que chacun feit offrande de la chose Qu'il tenoit dedans soy plus secrette et enclose. Qui luy donna les mots d'un parler gratieux, Qui luy quitta ses rais pour luy former les yeux, Qui laissa son pouvoir, et qui son abondance, Qui donna son honneur, qui donna la prudence.

Quelle langue pourra leurs mérites vantera Quelle voix pourra donc leurs louanges chantera Quelle plume osera laisser à la mémoire De leurs braves esprits la non-pareille gloire^ Esprit vraiment constant en toute adversité, Et non à tout moment comme l'autre irrité.

Si l'on veut regarder de prés toutes les choses Qui sont divinement dedans elles encloses.

Argus n'y volrra rien entre tant de vertus Desquelles ces feuillets seront en brief vestus : Car de vouloir parfaire un si hautain ouvrage, Mon bas stile perdroiî sa force et le courage. Qu'on ne me vante plus des hommes les combats ^ Qu'on ne me chante plus la force de leur bras : Hé! quel homme osera, fut-il grand capitaine, Parier sa vertu à la Camillienne, Camille, qui jadis fut pleine de valleur, En prouesse et conseil du monde seul honneur^

Pentasilée quoy, ce foudre de la guerre, De laquelle le nom demeure encor en terre Et vivra pour jamais^ Et quoy Semiramis, En qui Pallas avoit sa plus grand' force mist Tant que les vens seront, jamais leur renommée Glorieuse n'ira au gré de la fumée, Valasque et Zenobie, en temps de nos ayeux, Se sont acquis un nom tousjours victorieux ; Mais le siècle anîien n'en a point tant de milles Que le nostre n'en ait encor d'aussi habilles.

Allons donc plus avant, venons à la douceur Et sainte humanité dont est rempli leur cueur. S'est-il trouvé quelqu'un qui eut l'ame saisie De semblable bonté, faveur et courtoisie? Le ciel voûté n'a point tant de luisans brandons

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