‹ Œuvres poétiquesChapitre 12 sur 62 · DE LEXCELLENCE DE LA FEMME · texte numérisé non relu

DE LEXCELLENCE DE LA FEMME

Comme Von comptera de féminins mentons Qui ont abandonné leurs caducques richesses Et se sont fait au ciel immortelles Déesses, Aux pauvres dédié ont fait bastir maint lieu, Qui tout tousjours estoit pour la gloire de Dieu ; Ont fait édifier miW et mille chappelles, Racheté prisonniers, y a-il œuvres plus belles^ Jamais ne serait fait qui voudrait par menu Raconter la pitié par elles maintenu.

Lisez le fait hautain de ceste noble dame, De qui pour tout jamais courra cy bas la famé, Qui daigna recevoir d'une honorable main, Libérale sans plus, tout le grand ost romain. Tairai'je de Phriné le courage notable, Sa libéralité sans cesse mémorable, S'offrant à rebastir les grands murs Thebéans, Pour vivre seulement après soy quelques ans? Ha! jamais ne sera que ma muse me dicte La grande charité qui estoit en Thahite, Thabite qui portait tant d'honneur à son Christ Qu'elle ne permettait que le pauvre souffrist. Ce saint amour estoit caché dans sa poitrine Tant qu'elle estoit sans plus à un chacun bénigne, Aux pauvres orphelins, aux veufves mesmement, Qui estaient sans secours, en disette et tourment;

Ainsi distribua tous ses biens de fortune, N^ayant puis pour couvrir sa nature commune. 0 amour non-ouy! o sainte charité!

0 cueur doux et bénin qui ta nécessité Oublies pour aider à tes membres semblables! Fait vraiment qui sera mis entre les notables Et de qui parleront tous les siècles suivans, En despit de Venvie et de tous mesdisans.

Le mesme est advenu a maintes damoyselles Qui sont ores au ciel pour jamais immortelles, Et de qui nous n'' avons maintenant que le nom. Le monde estant remply de leur loi et renom.

Ja desja j'oy crier quelqu'un à mes oreilles, Qui me tance de quoy j'en dis tant de merveilles. Et me dit : (.< Venez-çà! ne sçavez-vous pas bien Que nous ne f aillons point que par vostre moyen? Sçavez-vous pas aussi que le mal qui nous presse Vient de voir vostre face et vostre blonde tresse ? Si Paris n'eut point veu d'Heleine les beaux yeux, Troie n'auroit-eW pas ses preux victorieux.^ Encor tant de citez esleveroient leurs testes Jusqu'au ciel, qui sont or l'habitacle des bestes. Abandonnez-vous pas pour un rien vostre corps. Qui est cause en après de tant de mille morts ? Ha! qui voudroit de vous un gros volume escrire,^

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// trouverait assez de subject à mesdire. »

Ainsi dit; mais, helas ! par là vous monstrez bien Que vostre cerveau n'a ne bride ne lien, Pauvres gens insensez, des bons esprits la fable ! Pourquoy avez-vous donc un' ame raisonnable? Si vous n^en avez point, mes propos sont deceus : Dieu vous a donc en vain d'une raison pourveus. Ha! ce n'est pas ainsi, non ainsi ce n'est pas; Vous ne vous trompez point par nos subtils appas. C'est quelqu'une de nous, las ! qui se laisse prendre Dans les trompeurs filets que vous luy venez tendre.

V Madame, dira Pun, vous sçavez que le Dieu Qui commande à la terre, au ciel et en tout lieu, Quand il veut décocher une flèche amoureuse. L'on ne peut éviter la playe dangereuse. Je le sens maintenant, car vos perfections Ont tellement navré mon cœur de passions Que je ne sens en mçi muscles, tendons ni veines. Qui n'endurent pour vous innumerables peines ; Et si me plaist encor de vivre et d'y mourir, Pourveu que vous daignez à mon mal secourir. «

L'autre plus effronté dira : (.< Et bien. Madame ! Y a-il quelqu'un cy bas qui vostre renom blasme^ Dictes-le, je vous pry', je luy feray sentir Combien vaut d'acheter l'aune d'un repentir.

Je VOUS suis trop servant, j'aime trop vostreface Et le bénin acueil de vostre bonne grâce. Croyez asseurément que, tant que je vivray, Pour vostre nom aimé ma vie je mettray. »

L'autre, mieux embouché des mots de rhétorique, Fera sembler le blanc esîre couleur lybique, Et, sous le voile feint d'un langage fardé, Ornera son propos de tropes mignardé,

(( Si le Ciel, dira-il, Madame, m'a faict naistre Pour vous estre servant^ comme je désire estre, Et si le mesme Ciel vous a mis icy bas Pour sa bénignité ensuyvre pas à pas, Si vous n'avez le cœur d'une fiere lionne, Si à vous voir encor vous ne semblez félonne, Pourquoy differez-vous' à me donner secours. Sans jouyr entre nous de nos douces amours^ Et pourquoy souffrez-vous qu'en mourant je m'escrie Que je meurs pour aimer trop une fiere amie f »

Qui ne seroit deceue à si miellez propos, Superbes, importuns, fâcheux, fiers, sans reposa Voila comme quelqu'une, entre tant de pucelles, Laisse cueillir le fruit de ses pommes plus belles. Plus par ravissement et par déception Que pour avoir en eux mis trop d'affection. 0 trompeuse esoerance ! et bienheureuse celle

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Qui n'a point engravé tels mots en sa cervelle ! Que vous estes trompeurs et pleins de vanité! Bien heureuse qui n'oyt vostre importunité !

Oncques je n'ay trouvé dans les vrayes histoires Ny dans les vieux escris d'antiennes mémoires Qu'une femme se soit donnée volontiers, Sans rimportunité de ses plus familiers, A nul homme vivant. Ains j'ay bien ouy dire Qu'il falloit feindre avant un amoureux martyre, Estre passionné, ne dormir point la nuit, Aller et revenir quand le soleil nous luit, Une œillade adorer en secret eslancée^ Rien^ si non son object, n'avoir en sa pensée, Feindre de n'aimer autre et faire rien sinon Hausser jusques au ciel la gloire de son nom, Inventer, composer, mille sonnets escrire, Pour monstrer vrayement que pour elle on souspire; Guetter de çà, de là, ainsi que fait le loup Quand il veut au troupeau faire quelque bon coup} Tantost dessus le front porter un bon visage. Et tantost ne monstrer qu'un larmoyant image; Aviser les moyens pour seurement tenir Ce joyau qu'on ne peut par armes soustenir. User de braves mots, dresser milles menades, Apposter des servans, faire mille algarades.

Que diray plus? voilà les grands subîilitez Qu'on trouve en voz esprits de tels vens agitez. Aristote disoiî que V humaine personne Composée de chair plus délicate et bonne Faisoit par sympathie avoir l'esprit meilleur A ceux-là qui estoient douez d^un tel bonheur. Doncques^ puis qu'ainsi est, qui est celui qui double Que le nostre ne soit plus excellent sans doute, Veu que tout nostre corps est délicat et beau Pardessus la beauté de vostre belle peau? On le peut voir assez selon Vexperience Qui de ce tous les jours vous en donne asseurance. On le peut voir aussi par les inventions Qui sortent tous les jours de noz perfections. Qu'on lise seulement aux inventeurs des choses. Mon Dieu., qu'on y verra de merveilles encloses! Premier on y lira tant d'ommages perfaits, On y lira encor tant de généreux faits ; On voira là-dedans leurs louanges hautaines Jusques à inventer les sciences humaines. Desquelles maintenant les hommes se font forts, Comme d'un bastion contre cent mille morts; Quiest pour vous monstrer que, comme d'elles naissent Les hommes, et encor par leur moyen accroissent. Les sciences aussi qu'on dit d'humanité

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