‹ Œuvres poétiquesChapitre 13 sur 62 · DE L'EXCELLENCE DE LA FEMME · texte numérisé non relu

DE L'EXCELLENCE DE LA FEMME

Sont les inventions de leur divinité.

Mais cfuoy! est- il pas vray [afin que je ne mente) Qu^ elles ont commancé en la bonne Carmente; Qu'une Leontia vainquit publiquement Theophraste le Grand par maint bel argument.^ Eustochion en fit autant à sainct Hierome, Pour monstreraux Romains qu'elle estoitnée à Rome. Rome, mère des arts et des nobles esprits, Où elle avoit hebrieu, grec et latin appris.

Une sepmaine, un mois, voire un' année encor, Ne me suffiroit pas pour vanter le thresor De leurs subtils esprits; d'autre part l'univers Ne les ignore pas. Saphe trouva les vers Qui depuis, de son nom, furent nommez saphiques, Estimez hautement des hommes prophétiques. Elle vainquit aussi par maint' docte raison Tous les vatés sçavans de sa belle saison; Autant en fit Corinne à leur grande louange, Qui court bien empennée or' au MoreyOr' au Gange; Tantost dessus Atlas guindé ses pas légers. Et tantost vers le Nil annonce aux estrangers, Puis deçà, puis delà, va racontant au monde Les vertus de ce sexe où tout honneur abonde. Si Vitale vouloit les siennes estaler.

Si brave ne serait qui s'osasî esgaler

A la moindre de mill" et milV en abondance^ Sans faire voir à tous bientost son arrogance.

Tu mUn seras tesmoing, docte Degambara:

Car qui sera celuy qui si tost osera Contredire à ton vueil et à cil de Pesquiere, Sans rapporter chez soy une douleur amere D'avoir voulu en vain disputer contre vous. De qui sort et le miel et le nectar tant douxt Que dois'je dire encor d''ArmiW Angosiole? La terre des Germains et la terre Espagnole En ont des légions ^ qui tiendroient seurement Des sciences eschole à tous ouvertement j Mesmesaux mieux versés; mais par sus tout la France Aura le plus grand pris de toute la science.

Or je suis comme celV qui entre en un jardin Pour cueillir un bouquet quand ce vient au matin. Là le thym hyblean, et là la rose belle. Là l'œillet, là le lis, là mainte fleur nouvelle, S*offrent à qui mieux mieux, tellement qu'eW ne sçait Comme doit de sa main entasser un bouquet; Tout ainsi je ne sçay laquelle je dois prendre Première entre ces mill' qu'à moy se viennent rendre , Tant la France est fertille en tresnobles esprits, Qui rendent tous mes sens extasement espris. Mais bien je feray mieux : j'ensuivray les avettes.

DE l'excellence DE LA FEMME 2Ç)

Qui vont de çà de là cueillant maintes fleurettes

Pour en faire du miel, ore dessus un mont

Et or' dans un beau pré vagabondes revont;

De mesme en ce discours l'une sera première,

L'autre mise au millieu, l'autre sera dernière,

Sans ordre ny sans art. Aussi ne faut-il pas

Donner, Muse, le vert jusqu'après le trespas.

Vien donc, sœur des neuf sœurs et quatrième Charité y

Ma comtesse de Retz, vien, que tu sois escrite

La première en mes vers : le grec fest familier,

De ta bouche ressort un parler singulier

Qui contente les Rois et leur Cour magnifique;

Le latin fest commun et la langue italique;

Mais par sus tout encor le françois te cognoist.

Pour son enfant t'avoue, honore, et te reçoit.

S'il faut feindre un souspir d'un amant misérable.

S'il faut chanter encor un hymne vénérable.

Tu ravis les esprits des hommes mieux disans,

Tant en prose et en vers tu sçais charmer nos sens.

Venez après, Morel, Charamont, Elisenes,

Des Roches de Poitiers, Grâces Pieriennes,

Vous aussi qui tenez le sceptre Navarrois,

Et vous, ma Générale, honneur des Piedmonîois,

De qui l'illustre sang l'Italie environne,

Ayant régné longtemps sur Vincense et Veronne,

Et de qui les ayeux, des vertus amoureux, Ont esté de tout temps paissans et généreux. Ore je ne dis rien de ceste grand' princesse, La perle de Vallois, cjui est au ciel Déesse Maintenant pour jamais, Toy qui régis icy La France, qui se rend à ta douce mercy, Voy ce qu'en ta faveur, Grand' Royne Catherine, J'escris pour haut tonner la race féminine. Ceux qui de nostre temps ont couché par escrit Les faits de tes grands roys viennent de ton esprit. Tu es leur saint Parnasse et leur eau de Permesse; Aussi chacun fhonor' et te tient pour Déesse.

Mes dames, qui voudroit dignement vous vanter, D^une Valeria ilfaudroit emprunter Le sçavoir et la voix, ou d'une Cornelie Le parler, ornement de l'antienne Italie. Trop peu forte est ma voix. Si quelqu'une de vous Vouloit cecy parfaire à la veue de tous, Bientost onjugeroit sans appel que nous sommes. Dés le commencement comme or', plus que les hommes.

Fini, Muse, fini, mes plus chères amours ; Mignonne, c'est assez, fini moy ce discours Par l'amitié que Dieu a monstre aux femelles. Leur ayant desparty ses grâces les plus belles. On lit aux saincts caiers de l'Ancien Testament

DE l'excellence DE LA FEMME Jl

Que celuy qui tient tout feit un commandement Au bon père Abraham de vouloir tousjours faire Ce que diroit Sara^ s'il luy vouloit complaire. Celuy qui nous sauva^ estant ressuscité, Monstra premièrement sa saincîe humanité Aux dames. Trismegiste et plusieurs autres sages Nous en ont délaissé maints sérieux passages. Tous disent que le lieu sans femmes habité Est comme un vray désert du tout inhabité, Et qu'on doit grandement fuir Inhumaine race A qui ne plaist d'hanter la féminine grâce.

Où est Vhonnestetéj où les chastes propos, Où le plaisant mesnage et où le doux repos. Si ce n^est à la femme, à qui toute influence De biens tombe du ciel en prodigue abondance.^ Aussi voilà pourquoy toutes les vertus ont Des femmes retenu le nom, veu qu'elles sont D'honneur et de vertu beaucoup plus excellentes Que des hommes ne sont les grand' s troupes errantes.

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