‹ Œuvres poétiquesChapitre 31 sur 62 · DE JAN CHASTELIER 7J · texte numérisé non relu

DE JAN CHASTELIER 7J

Le souvenir d'icellefait qu'il pleure, P^re vrayment bénin, qui ne peut oublier

Sa geniture et son sang singulier.

Enfin le fer encor dans nos propres entrailles

Entre cruel; l'on abat les murailles.

Maintenant d'une F ère, et or' en Dauphiné;

Le menu peuple est rude mutiné Contre le noble sang; la guerre est toute ouverte.

Quand bien l'on a de plusieurs descouverte La caute trahison, le vaillant duc du Maine

Là son armée en diligence meine.

Enfin un Chastelier d'y aller est mandé.

Expressément du roy recommandé.

Bien; luy qui tant de fois, au hazard de sa vie,

Avoit son ame aux combas asservie.

Aime plustost mourir de miW et mille morts

Que de fuir ces trop cruels effors Fais contre son pais; luy, qui aimoit sa terre,

Fait son appresi pour aller à la guerre, Veut faire testament, dispose de ses biens,

D'autant qu'ils sont caducs et terriens ; Pense à son ame aussi ( la chose principalle

Qu'on doit avoir). La majesté roy aile Veut qu'il puisse donner et faire à son plaisir

De ses estats, bien tost ou à loisir,

Comme bon sembleraj après luy à sa femme.

Sage, benine et vertueuse dame.

Il est prest à partir : ne reste qu'un adieu

Pour s'en aller à ce destiné lieu.

0 trois fois triste adieu! il amasse des roses y

Par longs baisers aux lèvres demy-closes De sa loyale espous\ de ses enfans aussi,

Ayant le cueur de tristesse transi.

Après un long adieu il laisse son aimée

Et va treuver en Dauphinè l'armée.

Au cueur de tous les siens ne demeure si non

Un souvenir et regret de son nom.

A V armée il arrive en santé bien -heureuse;

Sa femme sçait la nouvelle joyeuse Bien tost par ses escrits; jamais il ne fit mieux

Pour bien contant s'acheminer aux deux.

L'on prend or* une ville et of une autre ville.

En la rendant comme devant serville Au roy bénin; on bat La Meure par canon;

La ville on prend, la citadelle non.

Quoy plus? quand, helas moy ! une peu forte haleine

De ce seigneur vient saisir en grand' peine Les deux tendres pomons, en luy serrant le cœur,

Qui ne vit plus qu'en travail et langueur. En se voyant si mal, ce personnage noble

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