‹ Œuvres poétiquesChapitre 30 sur 62 · DE JAN CHASTELIER 7I · texte numérisé non relu

DE JAN CHASTELIER 7I

Qui de tes vers encores seront dignes.

Après te contera comme resprit divin

D^iceluy fut cogneu du Poictevin ; Du roy là gênerai manioiî la finance,

Sous luy vivants les armées de France.

Ha! Muse, je f entends, bien, poursuy seulement

En Vessayant de chanter dignement Celuy en qui vivant le Ciel bénin assemble

A qui mieux mieux tant de grâces ensemble. Ainsi comme Phœbus se pourmene là-haut

De signe en signe, ainsi [ou peu s'en faut) Chastelier est entré, de province en province.

De charge en charge, à servir à son prince; Fidelle serviteur à son Roy tres-loyal

Et à chacun honnesîe et libéral.

Qui vivant ne suyvoit, comme il disoit, la guerre,

Comme plusieurs pour estre grand en terre, Et Von le voit aussi, mais pour le seul honneur.

Certain loyer d'un tres-genereux cœur.

Batailles n^ont esté contre France données.

Depuis le temps de six fois huit années. Où jusqu'ici tousjours des Rois il n'ait esté,

Auprès de grands, comme grand arresté : Ores à Montcontour, à Dreux et à Jarnac,

Où Vennemy fut mis du tout à sac;

Or' à la Charité et or* à la Rochelle,

Où l'on luy vient apporter la nouvelle QaUl estoit intendant des finances du Roy,

Et toutes fois rien n'en sçavoit chez soy; Puis sous le grand Monsieur suit le camp d'une Issoire,

En rapportant de la ville victoire. Il est desja bien vieux, tout courbé de labeur;

Il n'a plus rien que douUur sus douleur, Goutteux des pieds et mains pour les peines passées

Que pour l'honneur il avoit amassées.

On luy vient dire, helas! tantosî que le sommeil

A pour jamais sillé l'un et l'autre œil De sa fille, son cueur, son esprit, son courage,

Qui sur le front portoit peint son image. Sa gloire et son soûlas, et que par le trespas

Estoit allée aux ondes de là-bas.

0 Parque! ô Ciel! ô temps ! 6 dure destinée,

Qui moissonnez la jeunesse bien née, Et qui n'espargnez rien! Fais que, quand adviendra

Vheure, ô Seigneur, que mourir me faudra, Je finisse en mourant le reste de ma vie.

Et que mon ame, heureusement ravie Des célestes esprits, s'envole entre tes Dieux,

Comme ta chaste est florissante aux deux. Au lit presque deux ans ce bon père demeure;

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