RIEN
Voicy le bon Janus qui vient avec sa bande Pour célébrer le jour de sa saincte Calende; Mais cousiumierement il veut un don gaillard. Et je n'ay pour offrir don à ce bon vieillard. Est-ce ainsi que l'humeur qui descend de Permesse Endure en mon endroit maintenant sécheresse^ Muse, d'où vient cela que si douce liqueur Ne puisse contenter mon esprit et mon cœur!
Ce que jamés ne fut plus tost, je prens l'audace De chercher hardyment, d'une nouvelle trace. Mais voicy cependant que ma Muse discour. Et que sur chasque poinct elle fait long séjour.
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Or^ icy, ore là, tantost sur des chimères^ Et tantost sur les faits de nos antiens pères. Elle enfin trouve Rien. N^ ailles pas refusant Pour cette occasion ce petit mien présent : Car Rien est plus que l'or, et Rien est plus encore Précieux qu'un rubis qui son Inde décore, Doncques que vostre esprit et vostre oreille aussi Soient escoutant ma voix de Rien disant ainsi.
D'une chose je dis par ci-devant non dicte, Ny par nos bisayeux à nos neveux escrite. Les oracles latins et les poètes grecs On chanté doctement tous les plus grands secrets : Rien n'est point dit encor de la lyre latine, Rien n'est point dit encor de la grecque divine.
S'il faut aller avant, Rien est plus gratieux Que la belle clarté du soleil radieux; Rien plus que le printemps aux oyseaux désirable, Rien plus beau qu un jardin de tout point délectable; Plus en fleur que les prés, plus en eau que la mer, Plus en vin queBacchus, plus bénin que l'aymer; Et Rien est plus gentil qu'un doux vent de Zephire, Quand en nos estomacs tant doucement souspire. Parmi les camps meurtriers du dieu Mars saint est Rien; Rien est plus fort que Mars^ plus riche que le bien. En la dissenîion Rien juste se retreuve.
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Rien est en paix loyal. Rien est loyal en trêve.
Heureux à qui Rien est! Tibulle tels désirs Desiroit pour fuyr les ennuys etsouspirs. Les embusches ne craint, ni la main ravissante; Mais seullement de Dieu craint la main tout puissante. Il mesprise le feu; nui procès ne le suit; Ains contant de son Rien le temps ainsi poursuit. Les entrailles plusieurs d'une minière dure Fondent subtillement sans Vappuy de Mercure, Et soufflent tous leurs biens, du sens tout esperdus, A leur secret travail instans et assidus; Mais enfin, accablez de dommages et pertes, Après avoir souffert mille peines couvertes, Après avoir couru milV et mille dangers. Pour un simple volans en pays estrangers, Enfin ils treuvent Rien, l'ayant cherché le cherchent, Le cherchant curieux encore le recherchent. Nulle perche pourra mesurer sa longueur, Et nul esprit pourra comprendre sa grandeur.
Du rivage marin Rien contera l'arène; Les célestes flambeaux Rien nombrera sans peine, A celuy qui soutient ce tout Rien incogneu, Que les astres plus hauts, que Dieu mieux soustenu. Or, bien que vostre esprit soit grand en toute chose, Venant tousjours au but de ce qu'il se propose,
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Soit qu* il faille courir en pais estranger Pour à vostre vouloir les personnes ranger, Monsieur, pardonnez-moy; certainement me semble Que vous ignorez Rien et vostre femme ensemble. Toutes fois Rien plus clair que le soleil luisant. Rien plus riche que Vor richement jaunissant. Touchez Rien, vous direz que sans corps il vous touche ; Baisez-le, vous direz qu^il touche vostre bouche. Voyez Rien, vous direz sans couleur estre veu; Et le sourd entend Rien, et Rien parle, pourveu De Rien; et aussi Rien au vuide se pourmene, À son gré cheminant où le bon vent le meine. Rien est au genre humain meilleur et plus util Que l'art du médecin expert, docte, subtil. Rien est plus juste encor que la justice mesme; Rien est nommé vertu en l'un et l'autre extrême. Aux desdains, aux combats, aux playes, aux douleurs, Aux souspirs, aux regrets, aux ennuys et aux pleurs De ce cruel garson qui nous eschauffe Vame, Aucune herbe ne sert, Rien estant nostreflame. Si l'avare Caron, nautonnier infernal, Passe quelqu'un qui ait rompu le fil fatal Après avoir passé du monde les misères. Pour aller voir là-bas les âmes prisonnières, Du profond des enfers à l'estage des deux
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Rien le rappellera pour vivre bien-heureux.
Rien sans clarté du Ciel les chandelles esîalle,
Rien adoucit le cœur de la troupe infernale,
Rien empesche le fil de la Parque Atropos,
Rien est plus élégant que le disert propos.
Le fils Titanian sentit bien sur sa teste
Rien estre plus puissant que la dure tempeste
Du supresme recteur, lorsqu'aux champs Phlegreans
Il fut é car bouille de maints coups foudroyans.
Hors les murs de ce rond, hors cesîe terre basse.
En Vautre région Rien nos richesses passe,
Et les dieux craignent Rien ! Que poursuivray-je plus
Par un vers mesuré de ce Rien le surplus?
Que la mesme vertu Rien est plus magnifique
Et brief Rien est plus grand que Juppiter celique.
Il est temps de finir ces vers subtilisez, Afin qu'ils soient de vous partout authorisez. Les bornes ne passant d'une estrenne trop grande. Recevez donc en gré, s'il vous plaist, mon offrande Que je finis icy, d'autant qu'un vers de Rien Pourroit vous détenir d'un fascheux entretien.
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ESTRENES A MESDAMOISELLES