‹ Œuvres poétiquesChapitre 37 sur 62 · ENIGME · texte numérisé non relu

ENIGME

Un habillé de gris va, de nuit et de jour, Or deçày or delà, queimander à son tour Pes vivres pour passer la nuict et la journée : La nuict, quand il n'a peu bien faire sa dinée; Le jour, quand il se voit hors de bruit escarté. Il aime mieux la nuict que la belle clarté.

Mais, helas ! il n'a pas si tost passé la porte De son petit convent qu'un ennemy ne sorte. Tire-laine rusé, ayant guetté longtemps Avant que d^exercer son cruel passetemps Contre luy, qui ne veut avoir que la passade, Et appaiser sa faim, sans faire à nul cassade.

Si tost que ce pauvret a de loing appercea Son mortel ennemy, se voit mort et deceu. Une froide sueur luy coule dans les veines. Et ne sçait comme doit éviter tant de peines Contre un si coleré. Or' s'eslance deçà. Et or' viste-courier guindé ses pas delà.

Ce galant, qui ne fait autre estât que surprendre Ses pareils compagnons, sçait comme les faut prendre, Sçait ses tours et destours, et sçait encor comment Bientost il doit souffrir la mort en payement

De l^avoir rencontré. 0 sinistre rencontre ! Cependant ce chetif devant luy se remontre, Pensant de se sauver. L'autre le prend soudain, Et met sur son collet sa graffinante main, Puis se joue de luy et se rit de sa perte; Mais, sHl a de quelqu'un la face descouverte, Le rempoigne soudain, grondant entre ses dents. N'ayant nulle pitié de ses petits enfants. Ains, s'il avait encor toute sa geniture, Tascheroit d'en finir la semence et nature.

Quand il voit qu'il reprend en soy quelque vigueur, Alors change son ris en cruelle rigueur: En pièces le vous met, déchiré le dévore. Tant il est inhumain. Son seigneur l'en honore, Le chérit, le caresse et le tient prés de soy, Qui, soûl pour quelque temps, aussi demeure coy. Vous le voirriez après qui de sa cornemuse Semble s'en resjouir, les assistans amuse.

Dy moy doncques, lecteur, qui est ce chetif là, Dy moy encor qui est celuy qui l'esîrangla. Et je festimeray le grand dieu des poètes. Des humains et des dieux les communs interprètes.

C'est un chat, quand il prend une souris.

deux, faschez contre moy, appaisez vosîre rage : Cesî assez retenir vostre obstiné courage.

De mon bien envieux.

Astres, et vous. Destin, cause de ma misère. Entendez le doux chant de ma juste prière,

Monstrez vous gratieux.

Toy de qui le pouvoir et de qui la puissance. Amour, s^entend partout, donne ores allégeance.

Bénin, à tant de maux; Vous, dame de Paphos, déesse Cytherée, Ne soyez plus aussi contre moy colerée;

Chassez loing mes travaux.

Oyez, antres secrets, et vous, bois effroyables, De ma piteuse voix les soupirs lamentables,

Et en ayez pitié; Echo, rochers lointains, et vous, ondes marines, Amans pleins de souspirs, et vous, troupes divines.

Oyez mon amitié.

Depuis que le soleil eut quitté la demeure Du jeune fondeur d'eau, et qu^il eut ouverture

D'aller aux deux poissons.

Il a tantost deux fois fait sa grande carrière, Sans avoir peu jamais contenter ma guerrière

Par mes douces chansons.

Et y qui pis est, helas! je ne lay ay peu dire Jamais de ma langueur le trop poignant martyre,

0 pitoyable amant!

En recompense au moins de mon amour fidelle, Je voudrois qu'elle sceuî le mal que j'ay pour elle, Pour mon soulagement.

Suis-je pas bien chetif que la seule parolle Interdite me soit? C'est ce qui plus affole

Mon misérable cœur; Que vous estes heureux qui avez jouissance De parler, de baiser, avec toute asseurance,

Sans aucune rigueur !

Je ne sçay qu'en penser. Il faut que je confesse Qu'il faudrait, pour servir une telle déesse. Quelque divinité.

Mais, las! voions nous pas que l'essence divine Daigna bien délaisser son céleste origine Pour nosîre humanitéf

Si mon humanité, si mes vers, mon service, Si ma loyale foy peuvent rendre propice

Quelque cœur rigoureux, Fuyez, fuyez le nom d'une cruelle dame, Et faites qu'un tel feu vous vienne eschaufer rame,

Pour jamais amoureux.

Ha! parents trop cruels! o douleur rigoureuse! Qui ne voulez ouyr ma complainte amoureuse

Pleine de loyauté, Faictes selon le vueil de vostre fantaisie; Quant à moy, je mourray ayant Vame saisie

Tousjours de ma beauté.

Non! vous serez punis un jour en l'autre monde Pour n'avoir escouté, à nul autre seconde,

Ma tant loyale foy.

Je seray bien marry, las! de vous voir en peine; Avant donc que sortiez de la prison humaine,

Secourez vous et moy!

Maisîresse, je sçay oien l'amour que je te porte; Mais, las î je ne sçay pas si la tienne est si forte

Comme j'aurois désir; La mienne durera autant que les chandelles Reluiront dans le ciel. Tes grâces immortelles

Tel heur m'ont faict choisir.

Complainte, va t'en donc dans le sein de Marie : Fay luy sçavoir l' estât de ma chetive vie,

Vie sans nul repos ; Conte luy quel je suis et quelle est ma destresse, Que mes discours ne sont que de sa gentilesse,

D'elle tous mes propos.

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