‹ Œuvres poétiquesChapitre 46 sur 62 · D^UN SONET DE PETRARQUE · texte numérisé non relu

D^UN SONET DE PETRARQUE

Paix je ne treuve, et ne puis faire guerre; J'espère et crains; je brusle et je suis glace; Rien je n'esîrains, et tout ce rond j'embrasse; Je vole au ciel, et si je suis en terre.

Je suis captif j et si rien ne m'enserre ; Enreîhé suis, et rien ne m'entrelace; Rien je ne veux, et si j'aime la face De celle là sur toutes qui m'enferre.

Je voy sans yeux, sans cœur me convient vivre; Le dueil me plaist, le plaisir me veut suivre; Je veux périr, l'aide le cœur m'enflamme;

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Autruy me plaist, et moy mesme m' ennuyé;

Egalement veux la mort et la vie :

En tel estât je suis pour vous, ma dame.

Titan avoit deux fois affranchy la carrière De ses douze maisons, quand, tout plein de fureur^ Attendant, 'fesperois ou mon bien ou mal-heur, Ou de rompre soudain le cours de la barrière.

Mais lors un bon démon m'annonça la manière Par laquelle on devoit procéder à V erreur Qui si longtemps avoit tenu captif mon cœur^ Captivant mes esprits d'une guerre guerrière.

« Ha! dit-il, mon désir ^ pren bon cœur seulement; L'infortuné mal-heur ne dure longuement:

Après beaucoup de jours vient la belle journée. »

Ainsi bientost après le désir quej'avois De jouir de ce bien que seul je souhaittois Revint accompaigné d'une heure fortunée.

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