‹ Œuvres poétiquesChapitre 54 sur 62 · NOSTRE SAUVEUR JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

NOSTRE SAUVEUR JESUS-CHRIST

Si quelqu'un vous pensez qui commande en ce monde. Quand le courrier du jour à la perruque blonde Sort du sein du vieillard pour refaire son tour Et d'une sombre nuit nous donner un beau jour, Espandant ses brandons sur la voûte azurée Du ciel large d'honneur, pour, de Vimmesurée Course de ses chevaux, ore nostre mi-rond, Ore l'autre cerner d'un jaune-doré front; Si quelqu''un vous pensez qui se face au ciel suivre, Tant d'animaux divers en terre face vivre, Face briller là haut mille feux estoilez, Esmousse ça et là les citadins dez.

Maintienne souverain dans le creux de Neptune Des humides poissons la nature commune;

5/ quelqu'un vous pensez qui règne dans les deux, Père de V univers, des hommes et des dieux. Qui gouverne, puissant, par sa ^eule parole Tout ce qui est enclos en l'un et l'autre pôle, A qui tout obéit d'un clin d'œil, soit la mer, Soit la terre, le feu, soit le gros subtil aer; Si de voir celuy-là vous avez quelque envie, Peuple, venez le voir en cest arbre de vie. Venez le voir; venez! car, las! si la douleur Triste peut pénétrer au fons de vostre cœur, Vous le verrez percé d'aune pointue lance, Qui, las ! dans son cosié trop rudement s^avance : Vous luy verrez les mains clouées à grand tort Dans un long bois espais, supplice de sa mort, Et vous voirrez encor, en sa bouche divine, Aulieu d'un beau corai une couleur plombine, Son chef ensanglanté et ses cheveux espars, Des pieds jusqu'au sommet outré de toutes pars. En vous si la pitié humainement abonde. Vous ferez de vos pleurs une source féconde. Venez le voir, helas! le Roy des plus grands rois Gist maintenant icy pendu sur une croix.

Ha ! trop dure rigueur ! Qui ne plaindra la peine Que tu vas endurant pour la nature humaine^ Les elemens divers, leur maistre estant perdu.

N^onî comme auparavant leur office rendu;

Le ciel mesme, vuidê de sa charge ordinaire,

D'un noir voile obscurcy, gronde^ îempesîe, esclaire,

Et le trosne doré demande son Seigneur,

Que la terre soustient maintenant sans honneur,

Et qui, tremblante, tonne un bruit espouvantable.

Embrassant en son sein son saint corps vénérable.

Phebus tesmoigne aussi, tout courroucé, son dueil. Cachant de ses rayons dessous sa nue l'œil. Et toy, Seur d'Apollon, d'un manteau de tristesse Couvres de ton chef blond la cousîumiere tresse. Pour un signe asseuré que ton Seigneur et Roy Est mis ce jourd'huy, las! sans cause en desarroy. Tu rends l'honneur dernier maintenant à ton maistre, Qui jadis, tout-puissant, te voulut donner estre. De ton cornu sommet l'argenté poil tondant. Et en l'humide nuit maint pleur triste espandant.

La Famé court partout; l'on a veu maint image. Qui çà qui là erroit, quant-un pasle visage Aux yeux hydeux et creux, qui avoit son tombeau Expressément laissé par miracle nouveau.

Et quoy! n'a on pas veu la rage marinière Haulser le flot hautain de son onde première.^ Brefj tous les elemens ont pleuré le malheur Qu'une gent sans raison fait à son créateur.

Triton, ce Dieu marin, fait signe de la teste Aux fresles matelots poussez de la tempeste. Et crie horriblement que le père de tous '

Souffre une mort cruelle en ce monde pour nous. Estes vous bien les mains qui ont basti ce monde. Qui ont créé le feu, l'ccr et la terre et l'onde^ Ccst l'œuvre de ses mains tout ce qui a repos Et qui a dedans soy le mouvement enclos. Cest Vœuvre de ses mains tout ce que la nature Gouverne haut et bas par compas et mesure. La terre porte-fruit est l'œuvre de ses mains, L'eau grosse de poissons; et les mesmes humains Sont l'œuvre de ses mains^ et puis pour récompense [Judaïque troupeau, sans amour, sans fiance) Tu as percé les mains à celuy, de gros doux, Qui toutesfois estoit sans dol, bénin et dousî

0 chef indignement environné d'espines!

0 temples précieux de tels lauriers indignes! 0 saint costé panthois ! vénérable coiton Par maint bourreau cruel arraché du menton! 0 membres frôlez! nerfs, muscles, tendons et veines! Combien pour les errans endurez-vous de peines! Quand je pense, meschant, à si grieves douleurs Que Dieu souffre pour nous, mes yeux ne sont que pleurs! Mais, las! qu'eussions-nous fait si le vouloir du perc

Haut-tonnant, ce grand tout, qui tout ce tout modère, N*eust voulu sur son dos charger tous nos travaux, De son propre vouloir, pour effacer nos maux ! Mais, pour nous retirer hors de la rive noire Et par un saint mourir nous remettre en sa gloire. Dieu monstra bien l'amour qu'il portoit aux humains, Les voulant conserver comme œuvre de ses mains.

Donqucs courage, peuple, ayon ferme asseurance D'avoir, si nous voulons, de noz maux allégeance; Chasson, chasson de nous toute l'iniquité, Embrasson la vertu et suivon l'équité, Accouron tous à luy, qui sera nosîre estoile, Nostre mer, nostre nef, nostre port, nostre voile. Crion : « Vive l^ Agneau »/ laisson cest homme vieux; Ouvron nous bien-vivans l'estroit chemin des deux.

Voyez vous comme il tient sa teste ainsi baissée? C'est pour nous enseigner d'avoir l'ame abaissée Pour le craindre tousjours. Voyez vous pas aussi Comme il nous tend les bras , pour nous prendre à merci.^ Voyez vous pas, enfin, comme d'une voix forte Il nous appelle tous, disant en ceste sorte : « Venez, peuple, et voyez sur mon dozvoz langueurs, Et voyez s'il y a de plus grandes douleurs!

a C'est pour vous toutesfois ainsi pour qui je souffre, Et pour vous retirer hors du Stygien goufre.

Vrayment si vous voulez vos faultes délaisser

Et revenir à moy, je vous veux embrasser,

Non comme seigneur rude, ains comme un bénin père

Se monstre à ses enfans, bien appris, debonnere.

Non, non, je nayme point voir le pécheur mourir;

5'/7 se veut convertir, je le veux secourir

D^un secours par ma mort qui luy rendra la vie.

Et ne reste sinon d'un repentir Venvie.

Je ne suis pas venu pour le juste sauver;

Le pécheur seulement au ciel je veux lever. »

Ainsi disoit celuy en sa main qui d'yole Modère, quand il veut, le vent par sa parole.

Mais, helas ! ignorans, vous ne Vescoutei pas. Rochers! craignez-vous point un éternel trépas? Malheureux genre humain, d'une Parque cruelle Le jouet, vous voila tantost dans la nacelle Du nautonnier Caron. Vous ne voyez pourtant Les tourments qui de prés vous poursuivent d' autant ; Le temps, helas! viendra que vous maudirez l'heure De n'avoir eschangé vostre vie en meilleure. Les honneurs vous seront en ce temps en horreur; Vous cognoistrez alors amplement vostre erreur, Vous maudirez le jour, vostre naissance amere. Et d'avoir veu jamais la clairté coustumiere. Ce sera lors alors que le Fils éternel

Viendra juger çà bas le lignage mortel, Descendant glorieux des voûtes estoilées, Aux flancs du quel viendront mille troupes <zlées. La Justice et V Amour le suivront pas à pas, Qui çà la vie aura, et qui là le trespas; Qui sera bien heureux; à l'autre la tempeste D^un esclat violant carbouillera la teste. L'un haut sera logé et l'autre bassement; L'un aura le plaisir et l'autre le tourment. Le sainct sera contant; la bande pécheresse N'aura que dueil, ennuy, pleurs, chagrins et tristesse, Habitera des lieux obscurs et ténébreux, Et se voirra puni d'un juge rigoureux.

La peur, Veffroy, l'horreur des colères Furies, Iront tousjours geenant ses brutales folies. Le temps ne sera plus d'ensuivre la raison; Là l'on ne voirra plus de pardon la saison; Le soucy, le desdain, la colère et la rage^ La faim, la soif, le chaut, lefroit, et davantage. Tout ce qui est de mal, seront son pain, son vin, Son hoste, son palais^ tant au soir qu'au matin. En vain tendra les mains à la voûte etherée. En vain souhaittera que la dent Cerberée Fasse un past pour jamais de son trop chetif corps; En vain invocquera Veffroy de mille morts ;

Les durs rochers en vain ouyront sa prière, Malheureuse sera pour jamais en misère.

Pendant que vous vivez changez donc de propos, Pendant que vous avez de l'esprit le repos^ Pendant que la raison au bon pas vous appelle, Cependant que le temps de pardon renouvelle. Allez, allez, dévots, allez d'un cœur contrit Requérir humblement mercy à Jesus-Christ; Fuyez l'Orque cruel, purgez la conscience, Convertissez enfin au Ciel vostre espérance. Ainsy celuy qui est des seigneurs le Seigneur, Des hommes le grand Roy, d'Averne butineur, Oblira tous voz maus pour l'amour de sa race Filiale, qu'il veut maintenir en sa grâce. Et, comme il a promis, dans voz cœurs entrera Et tousjours au besoin père se monstrera.

Après tant de travaux sougcrs en ceste vie, Et après que du corps l'ame sera ravie. Lavez entièrement de toute infection.

Bénin vous recevra en sa protection.

Et, joyeux, vous mettra entre la belle bande Du saint sénat au ciel après luy qui commande, Fera voir sous voz pieds et la terre et les deux, Et serez pour jamais assis auprès des dieux.

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