POVR MADAME LA PRINCESSE DE CONTY
IE la tenois tousiours pour l'astre de la Cour, Bien plus digne des Dieux que les Roys ne sont d'elle ; Mais ie ne croyois point , ny qu'elle fust si belle , Ny qu'en voyant ses yeux on reçeut tant d'amour.
A toute heure, en mon cœur, i'adoreray le iour Où ie veis ces soleils en leur flamme nouuelle, Et gardant de leurs feux la mémoire éternelle, Mon Paradis sera dans cet heureux seiour.
le ne veis qu'vn moment l'esclat de ce visage ^ Mais cela fust assez sans en veoir d'auantage ; Car, sans se démasquer elle m'a faict scauoir,
Estant comme elle estoit debeautez si pourueue, Que l'on connoist les Dieux aysement sans les voir : Et, pour la voir si peu, ie ne l'ay que trop veue.
SOiNNET III.
TANDIS que loing de toy la Fortune m'engage Et que ie donne aux grands vn esprit qui t'est deu, le pleure bien souuent le temps que i'ay perdu, Sans te prouuer combien ie prisois mon seruage,
Lorsque tant de respects, agitant mon courage Sur le poinct d"vn plaisir si chèrement vendu, Semoient parmy le bien que i'avois attendu Mille fascheux ennuys empeschant mon langage.
A ceste heure ie parle eslongné de tes yeux, Comme nos deux esprits parleront dans les Cieux ; Et si le feu sacré dont ton ame est esprise
Te peut montrer celuy dont ie suis consumé , le n'ay pas de regret à perdre ma franchise : Car iamais prisonnier ne fust si bien aymé.
SOINNET JV (1).
N'approchez point de moy, gardez vous pour les Dieux , Vous qui cognoissez tout, si non vostre puissance ; Ne mettez que les Roys sous vostre obeyssance ; Car de moindres subiects feroient honte à vos yeux.
Mais si vous approchez, mon esprit glorieux, Qui de tant de mérite aura la cognoissance , Aussitost agité d'vne saincte inconstance , Abandonnant la terre adorera les Cieux.
Douce chaisne des cœurs, l'ame de l'amour mesme, A qui tant de vertus seruent de diadesme, La crainte et le désir des esprits de la Cour,
Pardonneriez-vous pas à mon ame asseruie , Puisque qui veoit vos yeux, les roys de nostre vie. Ne peut qu'il ne souspire ou d'enuie ou d'amour ?
(1) Ce sonnet pounuit ùtvc luit pour M"" d'IIuutul'ort , à qui il disait un jour : m Après uvoir mnltraicté dus Roys, uimez un petit bonhommef comme moi. v