‹ Œuvres poétiquesChapitre 21 sur 28 · MONSIEVR · texte numérisé non relu

MONSIEVR

l'ay tousiours tant honoré vostre vertu et me suis trouué si disposé de tout temps à faire ce que vous me voudriez commander, que présentement les loyx de nostre amitié et du respect que ie vous doy, auec les oflices importans que i'ay reçeus de vous, ne me permettent point de vous cacher l'infidélité et la remarquable trahison que m'a faicte Edouard Le Preuost, aussy bien préparé à vne si illustre perfidie, comme il le deuoit estre à une reconnoissance tres-ronuenable , au traitement qu'il a tousiours reçeu de moy, pouuant dire auec vérité que M"'^ sa mère s'est seruie long-temps de plus de cent mille francs de mon argent, qu'il a enfin dissipées tout seul, par des dissolutions fort basses et fort infâmes.

Il n'a pas layssé de déclarer si insidieusement son méchant dessein contre moy, qu'il n'y a iamais eu

(1) Cette lettre, que je crois complètement inconnue, est extraite des miuiuscrits de la Bibliothèque Impériale, collection Du-Puy, reo-istre 803. Elle ne p;.rte point de date et rien n'indique l'époque précise à laquelle elle a été écrite. Cependant, s'il est pernais de former une conjecture, le nom d'Edouard Le Prévost qui s'y trouve ne pourr:iit-il pas se rapporter iiu fils de M""^ de Saint- Germnin-Prevost , que Des-Yveteaux a aimée et par le mari de laquelle il a été >i maltraité. (Voir, p. 1 4l et 1 42, les Basions rompus sur le Vieil de la Montagne.]

vice de mulet qui ayt egallé le sien , ce que i'ay long-temps négligé de vous escrire, tant pour la peine que i'auoy de blesser la chasteté de votre entretien que pour ce que le plaisir que i'ay desia reçeu de son elongnement et de la rupture d'vne société inutille et Ires-vicieuse est plus grand que ne sera, Dieu aydant, le dommage des tours qu'il pourra continuer de me faire, pour médians qu'ils soyent. Mais ie me suis seuty d'ailleurs si naturellement obligé à conseruer l'eminente et profonde vénération en laquelle i'ay tousiours eu le nom et la maison de Thou, aussy bien que les personnes, que i'ay creu vous deuoir renouveler qu'il n'y a rien qui me peust iamais détacher de la syncere deuotion que i'ay au bien de leur seruice. Ce qui me faict vous supplier de me faire cette grâce d'obtenir, parvostre bonté iudicieuse, que les marques dont il a pieu à Monsieur de Thou de m'honorer par son amitié ne souffrent point d'altération, puisque rien ne peut iamais causer de diminution en la tres-humble seruitude auec laquelle ie suis,

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