POVR MONSIEVR LE DAVPHIN
STANCES
ESSAGER des Dieux et des Parques , Qui fondent le sort des Monarques ,
l'annonce l'arrest des Destins , Et l'heur d'vn Prince ie recite Qui doit obscurcir le mérite Des Traians et des Constantins.
Tel que l'astre aux flammes dorées Sortant des plaines azurées , Ce ieune Apollon reluira -, Le Printemps couronné de roses Ne montre tant de belles choses Que son enfance en produira.
Ces ans par qui tout se commence Poussez d'vne forte semence , Seront pleins d'esprits et d'ardeur; Ce soleil n'aura point d'aurore , Car le ciel voudra qu'on l'adore Premier qu'il montre sa grandeur.
(1) Cette pièce et celles qui ne portent pas d'indication particulière sont extraites du recueil de Baudoin : Les Délices de la Poésie Françoise (Paris, Toussainct Dubray, 1618 et 1620, 2 vol. in-8°).
Toutes ses palmes fortunées Luy viendront deuant les années Et le rendront si triomphant , Que long-temps la paix et la guerre Des plus grands princes de la terre Ne dépendront que d'vn enfant.
Quand la ieunesse et les délices , Des Amours les douces nourrices , Joindront la force à la beauté , De ses traits les âmes blessées Le feront roy de leurs pensées Et tyran de leur liberté.
Les beautez les plus rigoureuses Alors se verront amoureuses , Et ses yeux , aimables vainqueurs , Aux regards ne pourront suflire, Estant seul partout son empire Le feu des esprits et des cœurs.
De son temps viendra l'opulence :
Empeschant toute violence, Des peuples il sera l'appui , La crainte et l'exemple des Princes , Et sera tel pour ses prouinces Que les Dieux ont esté pour luy.
Sa gloire sera tousiours viue, Dessus la pasleur de l'oliue Il sèmera des lauriers verts , Aucc ses vertus admirables
Il aura les vents fauorables Et les pilotes plus experts.
Du monde il estendra les termes , Ses desseins demeureront fermes Depuis qu'ils seront entrepris, Et les sciences négligées , Aux vertus du père obligées, Plus que iamais seront en pris.
Il voudra tout faire entreprendre Par Cœsar ou par Alexandre , Mais de son bonheur les guidant, Le fruict de toute leur victoire Sera de publier sa gloire Et luy régnera cependant.
Le peuple, parmy son ouurage, Meslera tousiours son image Et le nom de sa deité.
Des gardes la pompe ordinaire Le suyuront plustot pour luy plaire Que non pas pour sa seureté.