ADRASTE
ADRASTE qui se void le plus grand de son âge , De lauriers éternels justement couronné , Ayant soumis la terre aux loix de son courage, Sous celles d'vne femme estoit emprisonné.
Pour luy seul qui croissoit tous les iours en puissance Les astres plus heureux sembloient faire leur cours; Toutes les nations adoroient sa vaillance, Mais lui les desdaignant adoroit ses amours.
Apres auoir rompu tant de fortes armées Et des folles citez les tumultes esteint , Les flammes dans son cœur demeuroient allumées; Plus il estoit vaillant, plus il estoit atteint.
L'Eufrate et le Danube auoient peur de ses armes. Le Tybre et l'Eridan reueroient sa grandeur : Mais luy-mesme il faisoit des fleuues de ses larmes, Et la gloire cedoit à l'amoureuse ardeur.
Enfin il a rompu des chaisnes malheureuses : Le Ciel d'où seulement est venu son repos , Luy-mesme en arrachant ses flèches amoureuses Le force en souspirant de dire ces propos :
(1) Adraste est certainement Henri IV.
« Adieu , vaines ardeurs par les astres esteintes, Dont tous les maux sont vrais, et les plaisirs tous faux : Beauté, je vous oublie et mes flammes si sainctes Sont comme des miroirs oii je vois vos defaux,
» Depuis cinq ans entiers au moins ai-je la gloire De n'auoir point rompu par infidélité : Et de mes feux premiers conseruant la mémoire, le ne puis oublier vostre légèreté. »
Lors Adraste se teut, craignant la souuenance De tout ce qui seruoit à rallumer son cœur. Et se laissant aller aux amours de îa France , Se faict de plus en plus de soy mesme vainqueur.
Soleil, qui peux ester ou donner la lumière , Qui tousiours es de mesme et changes tant de fois , Où que ton char léger finisse sa carrière, Adraste est le plus grand de tout ce que tu vois I
SVR T.E STEGE D'OSTENDE (1
(Juin 1C04.)
ALORS que le Ciel veut que par toute la terre Les Rois plus belliqueux soient lassez de la guerre, le retire en mon sein tous les ieunes guerriers Qui ne peuuent ailleurs se couurir de lauriers.
Comme vn temple de Mars que l'Vniuers regarde, Qui s'accroist par sa perte et que la valeur garde , Sur la terre d'autruy ie suis encore à moy, Les Destins ne pouuant me soumettre à leur loy.
l'arreste les desseins des Monarques du monde. C'est dessus mes trauaux que leur repos se fonde , Et parmy tant d'efforts tentez par l'estranger, le me voy triomphante au milieu du danger.
(1) Ou lit dans le journal de Pierre de l'Estoile (La Haye , chez les frères Vaillant, 1761, i!i-8"j, t. TTI , p. 22o, à la date de juin 1604 :
« Le 5 de ce mois , le Roy reçut avis d'un long et furieux assault donné à Ostende par l'Espagnol , qui fut aussi virilement repoussé, comme bravement il avait été assailli, si qu'il en demeura une grande quantité de morts des assaillants , desquels on en comptait de tuez jusques à près de deux mille. »
C'est de cet assaut qu'il s'agit dans les stances ci-dessus , où Des-Yveteaux -fait parler la ville d'Ostende.
RESOLVTIOiN DE N'AIMER